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3 juin 1989

La mort de Khomeiny

Le dictateur déclenchera la liesse populaire … le jour de sa disparition

L’Ayatollah Rouhollah Khomeiny
L’Ayatollah Rouhollah Khomeiny

Le 3 juin 1989 Ruhollah Khomeiny, le fondateur de la république islamique iranienne, est mort dans un hôpital à Téhéran.

Petit-fils d’un Indien musulman émigré en Iran, Khomeiny est né en 1900, dans la ville de Khomein, dans le centre du pays. Il a une présence quasi fantomatique dans le clivage politique iranien. Il ne fait son apparition que dans les années 1960, et encore, pour s’opposer aux droits octroyés aux femmes et non pas à la dictature politique du Chah.

Devenant quand même encombrant, il est exilé en 1964, en un premier temps en Turquie, puis en Irak, où il s’établit dans la ville de Nejaf. Là, le vieil ermite entrera dans un silence politique monumental, ne refaisant son réapparition qu’en 1977. Il profite alors du fait que les deux principaux groupes d’opposition sérieux au Chah, les Moudjahidine du peuple et les Fedayin du peuple, aient été soit décapités soit paralysés dans les prisons politiques du monarque, pour s’emparer de la tête d’une révolte populaire dont les mots d’ordre étaient ceux de ces deux mouvements.

Ce sera alors le début d’une des pires dictatures de l’Histoire iranienne. Khomeiny règnera lui-même dix ans sur le pays, avant de mourir.

Khomeiny commencera son règne en tuant des milliers de kurdes

Il commencera son règne par une tuerie au Kurdistan, un mois à peine après l’avènement de la République des ayatollahs. Plusieurs milliers de kurdes perdront leur vie dans cette répression sanglante, dont 1200 prisonniers politiques.

Les femmes furent ensuite les cibles privilégiées du nouveau régime intégriste. Le 7 mars 1979, dans un discours devant les étudiants en théologie de la ville de Qom, Khomeiny s’attaquera au comportement vestimentaire des femmes en Iran : "On m’a rapporté que dans nos ministères, les femmes sont nues et ça, ça va à l’encontre de la religion. Les femmes ne peuvent sortir que dans le strict respect du voile (hijab)", dira le vieil ermite ce jour-là, en introduction à une législation qui encadrera strictement le mode vestimentaire en Iran.

Le 8 mars 1979, des milliers de femmes protestent contre le voile obligatoire sans que cela n’impressionne le vieux dictateur qui mettra à l’application cette loi dans le pays

Le lendemain, l’entrée des femmes non voilées sera interdite dans les administrations. Beaucoup de femmes s’abstiendront de se rendre au travail, dont le personnel du ministère des Affaires étrangère. L’occasion du 8 mars, journée internationale des Femmes aidant, des milliers de femmes descendent dans la rue pour protester contre cette décision archaïque.

Elles ne savent peut-être pas que ce n’est que le début des restrictions et des contraintes imposées aux femmes dans tous les domaines de la vie privée et professionnelle. L’accès des femmes à certaines études supérieures sera interdit ou limité, les femmes devront obtenir l’autorisation parentale ou celle de leur époux pour voyager, la loi sur l’allocation familiale sera abrogée, ainsi que celle des congés de maternité rémunérée, les femmes n’auront plus accès à certains postes de décision (comme juge ou présidente de la République), l’entrée des femmes aux stades sera interdite, le sport féminin sera relayé à l’arrière-plan et sa diffusion télévisée sera interdite, tout homme et femme qui seront ensemble devront justifier leur appartenance familiale…

Le régime de Khomeiny institutionnalisera les sévices et mises à mort en public

Ce sera ensuite le tour de la justice iranienne d’être broyée par le nouveau régime qui institutionnalisera des lois archaïques qu’il qualifiera de justice islamique. L’Iran sera désormais le théâtre des flagellations publiques, des pendaisons publiques, des lapidations, des amputations, … Cette justice "islamique" servira de prétexte aux horreurs commis en public, et au pire que l’horreur commis dans les prisons, où, par exemple, les jeunes femmes célibataires devront être violées avant d’être fusillées !

Sous Khomeiny, une répression sans merci s’abattra sur les opposants ; la photo est celle d’une jeune adolescente de 18 ans, Maryam Qodsimoab, tuée en prison en 1981

Une répression sans merci s’abattra ensuite sur les opposants du pouvoir de Khomeiny. Des fatwas de celui-ci ordonnent des massacres massifs qui coûteront la vie à quelques 120.000 opposants, dont 30.000 en moins de quelques mois en 1988, pour lesquels ni Khomeiny ni ses successeurs n’ont jamais rendu de compte. Cette terreur noire n’épargnera ni les gamins et adolescents, ni les femmes enceinte, ni les vieillards. Beaucoup de personnes ne seront tuées que pour avoir vendu ou acheté des journaux de l’opposition.

"Ce sont des soldats jetables" de Khomeiny, recrutés dans les écoles et lycées pour essuyer les champs de mines

Le sinistre religieux intégriste entraînera également le pays dans un conflit militaire des plus meurtriers avec l’Irak. Il commencera à provoquer le pouvoir iranien dès les premiers jours de son arrivée à Téhéran, en appelant notamment l’armée irakienne à se soulever contre ses gouvernants et en commençant par financer et armer des groupes irakiens qui deviendront ses mandataires. Les hostilités éclatent 22 septembre 1980 et ne finiront que huit ans plus tard, même si Bagdad est prêt à un cessez-le-feu à partir de novembre 1980 (deux mois seulement après le début des hostilités où l’Irak retire ses troupes de l’Iran).

Mais pour le vieux dictateur enturbanné, "la guerre est un don du Seigneur" et "l’arrêt des hostilités serait équivalent à enterrer l’Islam" !

Cette insistance à continuer la guerre contre son voisin oriental pendant huit ans fera quelques deux millions morts dans les rangs des Iraniens, dont des dizaines de milliers d’écoliers et de lycéens envoyés de force sur les fronts pour balayer les champs de mines. "Ce sont des soldats jetables", décrira un haut commandant des Gardiens de la Révolution.

Sous Khomeiny, un pays qui repose sur d’importantes réserves de pétrole et de gaz, est devenu le détenteur des records de chômage, de précarité, des enfants au travail, etc.

Une pauvreté économique sans précédent frappera aussi le pays sous un régime fondé par Khomeiny pour qui " l’économie appartient aux ânes" ! Le pays s’appauvrira de jour en jour, et un pays qui repose sur des réserves de pétrole et de gaz les plus importantes du monde, est devenu le détenteur des records de chômage, de précarité, d’enfants au travail, etc.

La crise des otages américains en 1979 reste sans précédent, et jusqu’à ce jour sans antécédent dans la diplomatie internationale

Tout au long de son pouvoir, Khomeiny sera aussi le maître des tensions dans la politique étrangère et du terrorisme international. L’affaire de la prise des otages à l’ambassade américaine de Téhéran qui commencera qui commencera le 4 novembre 1979 et qui continuera pendant 444 jours, reste sans précédent, et jusqu’à ce jour sans antécédent dans la diplomatie internationale.

23 octobre 1983 : l’attentat à la bombe contre le contingent français de la Force multinationale de sécurité à Beyrouth a coûté la vie à 58 parachutistes français

On n’oubliera pas non plus les attentats d’octobre 1983 contre les contingents américain et français de la Force multinationale de sécurité à Beyrouth qui ont coûté la vie à 241 soldats américains et 58 parachutistes français, puis les prises d’otage des Français au Liban (Jean-Paul Kauffmann, Marcel Carton, Marcel Fontaine et Michel Seurat) et les attentats à la bombe de 1985/1986 à Paris, qui ont tous été commis sous l’ordre direct de Khomeiny.

Le grand dictateur déclenchera tout de même la liesse populaire … le jour de sa disparition.

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