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40 ans de République islamique :

40 ans de calvaire, 40 ans de résistance

Malgré une répression féroce, le mouvement de résistance a perduré pendant quarante ans pour atteindre son apogée à l’heure atuelle.
Malgré une répression féroce, le mouvement de résistance a perduré pendant quarante ans pour atteindre son apogée à l’heure atuelle.

" Notre ennemi est ici-même, ils mentent en disant que c’est l’Amérique ". Ce slogan revient régulièrement dans les protestations qui balaient les rues de l’Iran, traduit mot à mot l’isolement de la théocratie iranienne considérée comme "ennemi" par son propre peuple.

La République islamique a très vite trahi les aspirations de la Révolution antimonarchiste de 1979 et la confiance qu’avaient exprimée les Iraniens à Khomeiny. Elle a été l’incarnation non pas d’une révolution, mais d’une réaction qui s’est emparée avec beaucoup de charlatanisme du mouvement populaire pour dévier la marche vers la liberté en la pire dictature religieuse contemporaine, sacrifiant les traditions et la culture de l’Iran à l’autel des intérêts d’une oligarchie qui ne se soucie guère des scrupules.

Les universités ont été la proie d’une soi-disant "révolution culturelle" pour purger les professeurs et les étudiants qui refusaient de faire acte d’allégeance au Dictateur. Beaucoup d’acteur(trice)s, de chanteur(euse)s, d’atristes et d’écrivains se sont trouvés du jour au lendemain sous les verrous pour des raisons loufoques.

Les injustices, les inégalités et les discriminations axées sur les convictions religieuses ou le sexe des individus se sont institutionnalisées. La moindre opposition politique a été matée dans le sang. Les incarcérations, les tortures et les exécutions capitales sont devenues monnaies courantes.

La liberté a été martelée au sens propre du mot dans toutes ses variantes : la liberté de la presse, la liberté d’expression, la liberté d’opinion, la liberté syndicale et la liberté d’association.

Même l’environnement n’a pas été à l’abris de la cupidité et de la débilité des dirigeants de Téhéran qui ont même épuisé l’eau et la nature du pays au profit de leurs champs et de leurs industries.

Toutes les richesses du pays ont été détournées vers les poches de l’élite du pouvoir, dont le niveau de vie et les orgies qu’organisent leurs progénitures aussi bien dans les quartiers aisés de Téhéran qu’à l’étranger, contrastent de manière inadmissible avec la rhétorique islamiste du pouvoir vers le peuple.

La République islamique débourse par ailleurs des sommes astronomiques (en milliards de dollars par ans) pour entretenir des milices mandataires comme le Hezbollah du Liban, le Hachd al-Chaabi de l’Irak et les Houthis du Yémen. Ces milices lui ont servi et servent toujours de véhicules de son agenda politique au Moyen-Orient qui se concrétise en des guerres dévastatrices qui ont coûté la vie à des centaines de milliers de personnes et entraîné la migration de millions d’autres.

C’est ainsi que la liesse populaire du 11 février 1979 qui assista au renversement de la dictature du Chah, s’est transformée en l’un des pires calvaires de l’Histoire de l’Iran.

 

La riposte du peuple iranien malgré une répression sanglante

Face à cette dictature sortie des ténèbres les Iraniens s’enorgueillissent cependant d’une résistance qui n’a pas cessé de défier le pouvoir des clercs. Plusieurs générations des Iraniens se sont suivies et ont décidé de tenir tête à la bête intégriste.

Dès les premiers jours de l’avènement de la Dictature religieuse, l’Organisation des Moudjahidine du peuple (OMPI) a tenu tête à toutes les dérives qui s’annonçaient déjà, de la tuerie des minorités kurdes et turcomans, en passant par l’instauration de la loi du Talion, les restrictions imposées aux femmes, la "révolution culturelle" dans les universités, la constitution offrant le pouvoir absolu au Guide suprême, la répression des opposants politiques, etc. De 1979 à 1981, ils ont déjà payé un lourd tribut pour cette résistance : non moins d’une cinquantaine de mort et plus d’un millier de prisonniers politiques.

En 1981, quand l’Ayatollah Khomeiny a ordonné la chasse aux opposants qui sera nommé la période de "la Terreur noire", les Moudjahidine du peuple ont encore résisté, organisant notamment le soulèvement du 27 septembre 1981. 120.000 opposants, dont la plupart étaient des militants de l’OMPI ont été exterminés. Un rescapé de la prison d’Evin témoigne de 1800 exécutions capitales de la soirée du 27 septembre à la journée du 28 septembre 1981.

Mais les Moudjahidine du peuple ne baissent pas les bras pour autant. Ils organisent une Armée de libération nationale iranienne (ALNI) qui amènera le régime khomeyniste au bord du renversement en 1988.

La théocratie continue le massacre : 30.000 prisonniers politiques ont été tués en moins de trois mois.

Ceci n’a toujours pas atténué la résistance du peuple iranien. En 1992, les villes d’Eslamshahr (sud de Téhéran) et Mashhad (nord-est de l’Iran) se soulèvent. Les deux mouvements sont matés dans le sang. En 1994 une autre révolte a lieu à Qazvin dans le centre du pays. Le régime tuera 5000 manifestants pour reprendre le contrôle de la ville. En 1999, ce sont les étudiants qui se soulèvent à Téhéran. La gronde fait tache d’huile et les jeunes rallient les étudiants. Encore une fois, c’est une répression féroce qui s’empare de la rue pour sauver le régime. Dix ans plus tard, en 2009, les fraudes électorales qui ramènent Mahmoud Ahmadinejad, figure emblématique des Gardiens de la révolution, déclenchent une nouvelle révolte, réprimée encore dans le sang.

Dans la même année, par l’intermédiaire de ses hommes de main et de ses milices mandataires, le régime iranien lance plusieurs assauts meurtriers contre les camps où se trouvent réfugiés les Moudjahidine du peuple en Irak. Plus d’une centaine de morts. L’OMPI s’en retirera avec une victoire politique qui se soldera par le retrait de tous ses membres de l’Irak pour s’installer en Albanie.

Décembre 2017 : Nouvelle révolte avec des dimensions bien plus larges que les précédents. Les jeunes Iraniens se soulèvent dans 142 villes du pays pour exprimer leur aspiration à la chute de la dictature religieuse. Bien qu’au moins 7000 personnes seront incarcérées (selon Amnesty International), des dizaines d’autres tuées dans la rue ou dans les prisons, cette dernière révolte ne s’est jamais interrompue. Depuis cette date, l’Iran est chaque jour le théâtre des protestations et des manifestations qui ciblent le pouvoir en place.

Le Guide suprême Ali Khamenei et toute la panoplie des dirigeants du régime, de son président, Hassan Rouhani, en passant par ses diplomates et ses chefs des Gardiens de la révolution, ne cessent de lancer des mises en garde : C’est l’OMPI qui est derrière cette gronde qui est en train de devenir dangereux.

Entre temps, les unités de résistance se sont multipliées dans le pays. Elles attaquent les symboles du pouvoir en place. Elles mettent le feu au panneaux de propagande politiques du régime, aux centres de la milice, aux centre de formation de l’élite du clergé au pouvoir. En tout plus d’une centaine d’action de résistance lors de ce dernier mois.

Cette résistance qui persiste et qui perdure depuis quarante ans et qui ne s’est plus éteinte depuis 2018 est bien significative de l’avenir qui attend la République islamique. Il ne faut pas être sorcier pour le deviner.     

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