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3 novembre 2012

Un blogueur iranien achevé sous la torture

L’affaire reste toujours d’actualité dans la société iranienne

Sattar Beheshti, un blogueur iranien achevé sous la torture pour avoir osé critiquer le pouvoir en place dans son blog
Sattar Beheshti, un blogueur iranien achevé sous la torture pour avoir osé critiquer le pouvoir en place dans son blog

Le 31 octobre 2012, Sattar Beheshti, un blogueur iranien, est arrêté par la police et transféré aussitôt à la sinistre prison d’Evin de Téhéran. Son délit : " Action contre la sécurité nationale à travers des activités sur les réseaux sociaux et sur le Facebook ".

Le 22 octobre 2012, Beheshti a publié une critique du pouvoir en place sur son blog " Ma vie pour l’Iran " sous forme d’une lettre ouverte adressé au Guide suprême, Ali Khamenei. Dans cette lettre, Beheshti écrit que le système judiciaire de la République islamique n'était "rien d'autre qu'un abattoir" et que "les peines et ... les exécutions effectuées ... n'étaient pas motivées par le désir de justice - mais visaient à terroriser le peuple ! Afin que personne ne se plaint! ".

Un jour avant son arrestation, Beheshti écrivait dans un blog: "Ils m'ont menacé hier et ont dit: 'Ta mère va bientôt se vêtir de noir parce que tu ne fermes pas ta grande gueule'"

Beheshti est gravement torturé dès ses premiers interrogatoires, comme l’atteste un témoignage rédigé par 41 prisonniers politique du Quartier 350 de la prison d’Evin qui soulignent que la victime a été vue par eux les 1 et 2 novembre, alors qu’il portait de graves plaies laissées par les sévices qu’il a subies.

Le 2 novembre, Beheshti est achevé sous la torture. Comme d’habitude la version officielle présentée par le procureur général, Gholamhussein Mohseni Ejei, est loufoque : " On lui a amené le déjeuner et on s’est rendu compte qu’il a décédé !"

Selon son oncle qui a été le premier à se rendre à la prison après la nouvelle de sa mort, une autorité carcérale aurait répondu à une question de celui-ci sur les raisons de la mort : " Ta gueule, ça ne te regarde en rien !".

Or les plaies, les fractures et les cicatrices qui envahissent le corps du défunt ne laisse place à aucune ambiguïté : Sattar Beheshti a bel et bien été tué sous la torture.

L’affaire a eu un impact national et international considérable. Sa mère, Gohar Eshghi a multiplié ses efforts pour obtenir justice ; le cas est devenu une motivation pour les militants des droits de l’Homme qui soutiennent Mme Esghi. Amnesty International condamne vigoureusement l’assassinat. Catherine Ashton, alors Haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, rencontre Mme Esghi lors d’une visite à Téhéran, ce qui n’est pas du tout apprécié par le pouvoir clérical.

Sous les pressions internationales, le régime monte un scénario pour soi-disant juger le meurtrier présumé. Le 7 août 2014, le verdict du tribunal rejette la thèse d’homicide volontaire, pour épouser celle de " violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner ", ce qui ne va coûter que trois ans de prison pour le prévenu !

Les protestations répétées de la mère de la victime n’aboutiront à rien et le dossier est finalement clos, après que le tribunal d’Appel ait aussi confirmé le rejet de la thèse d’homicide volontaire.

L’affaire est close par la justice du clergé au pouvoir, mais reste toujours d’actualité dans la société iranienne qui commémore la mémoire de Sattar Beheshti à chaque anniversaire de l’évènement.

 

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