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19 août 1953

Coup d'État contre le Premier ministre nationaliste, Mohammad Mossadegh

L’alliance du trône, du turban et de la CIA contre la démocratie en Iran

De gauche à droite : Kermit Roosvelt (l’agent de la CIA qui a dirigé le putsch), l’Ayatollah Abolghassem Kachani et le Général Fazlollah Zahedi
De gauche à droite : Kermit Roosvelt (l’agent de la CIA qui a dirigé le putsch), l’Ayatollah Abolghassem Kachani et le Général Fazlollah Zahedi

Le 19 août 1953, un Coup d’État de l’Armée monarchiste soutenue par le réseau du clergé intégriste et organisé par les services secrets américains, renverse le Premier ministre nationaliste iranien, Mohammad Mossadegh.

Devenu Premier ministre le 29 avril 1951, Mohammad Mossadegh s’appuiera sur une mouvance populaire qui se révoltera notamment le 21 juillet 1952 en sa faveur, pour tenter de démocratiser le pays, notamment en abrogeant le Parquet militaire chargé de la répression politique et en imposant de sévères restrictions à l’influence de la Cour impériale dans les institutions d’État.

Mossadegh gagnera notamment une large popularité par ses mesures nationalistes. Il adopte notamment une position dure dans le conflit avec la Grande-Bretagne concernant l'expropriation du capital de l'Anglo-Iranian Oil Company.

Ces mesures lui vaudront cependant le mépris de la Cour impériale, des puissances étrangères qui tentent d’accaparer les richesses du pays, mais aussi d’un clergé intégriste mené par l’Ayatollah Seyyed Mohammad Behbahani, à qui le monarque a laissé ses privilèges en contrepartie d’un soutien sans équivoque à son pouvoir absolu.

Une série de conspirations

Commence alors toute une série de conspirations en vue de renverser le gouvernement nationaliste de Mossadegh.

Le 13 octobre 1952, un premier Coup d’État est avorté grâce à la vigilance des proches du Premier ministre. Ce dernier décidera trois jours plus tard de rompre toutes les relations diplomatiques avec Londres qui a les empreintes qui imprègnent trop visiblement la conspiration. Dans ce geste, le leader nationaliste fera fi de la forte réticence du Roi Mohammad Reza Pahlavi.

Dans sa lancée, peu après cet évènement, Mossadegh jouera de son influence pour dissoudre le Sénat entièrement gagné à la cause du Roi.

C’est à partir de là que l’Administration américaine commence à déployer de larges efforts pour se défaire d’un Mossadegh devenu trop encombrant. L’Ambassade des États-Unis entamera de larges contacts, non seulement avec les opposants royalistes de Mossadegh, mais aussi avec l’opposition intégriste, notamment le très rusé Ayatollah Abolghassem Kachani qui se trouve alors à la tête du Parlement.

Le 23 avril 1953, dans un nouveau complot pour déstabiliser le gouvernement Mossadegh, le Général Afchar Tusse, le chef de la Police iranienne qui est un fidèle du leader nationaliste, est enlevé en plein centre-ville de Téhéran, avant d’être assassiné après deux jours des pires sévices corporels.

Le Général de l’Armée Fazlollah Zahedi, un proche de la Cour du Chah, est l’instigateur de cet abominable crime. Un mandat d’arrêt est lancé contre lui par le gouverneur militaire de Téhéran. Zahedi disparaîtra dans la nature. On saura plus tard qu’il avait été hébergé et protégé par l’Ayatollah Kachani.

Loin de se laisser intimider, Mossadegh projette de se défaire d’un Parlement où une majorité de députés achetés par les dollars US bloquent ses décisions. Il soumet donc la dissolution du Parlement à un référendum dans lequel il récolte un large succès.

L’intervention de Washington

C’est du trop à Washington. Le lendemain de ce succès, le Président Eisenhower rendra public, lors d’une conférence de presse, son intention d’en finir « tôt ou tard » avec Mossadegh.

Kermit Roosvelt, le directeur du Département Proche-Orient de la CIA, sera chargé de mener à bien le prochain Coup d’État. Celui-ci se rend à Téhéran, en clandestinité bien sûr, où il commence de larges contacts aussi bien avec le Roi lui-même, qu’avec des officiers royalistes de l’Armée, et avec l’Ayatollah Behbahani.

Le plan paraît simple : le 16 août 1953, le Général Nassiri, le chef de la garde impériale, devra se rendre à la tête de plusieurs unités militaires, au domicile de Mossadegh, muni de deux mandats royaux, l’un annonçant la destitution de Mohammad Mossadegh, l’autre proclamant le Général Fazlolllah Zahedi, chef du Cabinet. Aussi simplement que ça !

Or, le leader populaire est averti d’avance du complot par ses proches. Les gardes du corps de Mossadegh interpellent le Général Nassiri et plusieurs autres officiers putschistes. Le Coup d’État est défait. Le Roi, lui, préfère aller suivre d’un peu plus loin les évènements et il prend la fuite pour l’Italie.

Du 16 au 19 août, Téhéran est en véritable bouillonnement. Noire de monde, la rue appartient à une foule en colère qui tient à affirmer son appui à Mossadegh.

Le Coup d’État

La machine du complot fonctionne cependant encore. En trois jours, l’Ayatollah Behbahani mobilisera la pieuvre du réseau du clergé intégriste. Les Iraniens connaissent bien la magouille : des gangs de brigands qui s’emparent de la rue à coup de bâtons et de matraques pour imposer la loi de la jungle. Les dollars US aidant, la mafia intégriste descendra dans la rue le 19 août pour tabasser à tour de bras les manifestants mossadeghistes. Des hordes de sbires s’emparent bientôt des locaux de Radio Téhéran.

A 15 h 30 de l’après-midi, alors que la même Radio Téhéran donne la lecture à un décret royal annonçant la destitution de Mossadegh, les chars du Général Zahedi descendent dans la capitale. Le domicile de Mohammad Mossadegh est l’un des premiers lieux assiégés. Le leader nationaliste est sauvé de justesse par ces gardes du corps qui le font sortir d’une porte arrière. Il sera cependant interpellé chez l’un de ses proches le lendemain, avant d’être incarcéré puis traduit devant une Cour martiale.

L’Ayatollah Behbahani est bien sûr le premier à féliciter dans un message, la tâche du Général Zahedi, le Premier ministre issu du putsch. Il a " sauvé le pays des athées ", dit l’Ayatollah !

Le Chah retourne au pays pour y régner d’une main de fer durant encore un quart de siècle.

Quarante-sept ans plus tard, l’Administration américaine présentera ses excuses à l’Iran, pour le rôle qu’ont joué ses précédents dans ce putsch. Ironie du sort : ces excuses, Washington les fera au clergé intégriste qui s’est depuis emparé du pouvoir en Iran !

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