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Le nouveau paquet européen:

Craintes et espoirs au sein du sérail à Téhéran

Dans le sérail, on reste sceptique quant aux résultats pratiques du paquet européen, et craintif à l’idée de l’ouverture d’un bureau de l’EU à Téhéran
Dans le sérail, on reste sceptique quant aux résultats pratiques du paquet européen, et craintif à l’idée de l’ouverture d’un bureau de l’EU à Téhéran

La théocratie iranienne est confrontée à un débat interne de plus en plus vif sur ses relations avec l'Europe.

La faction soi-disant modérée de Rouhani considère l'Europe comme la seule échappatoire du régime iranien. Mais l'Europe ne cache pas que pour légitimer son engagement auprès de la théocratie au pouvoir en Iran, l'UE a besoin d'un bureau à Téhéran d'où elle peut surveiller la situation des droits de l'Homme dans ce pays.

La faction dirigée par Ali Khamenei, le Guide suprême de la République islamique, considère que l'oppression et la censure constitue l'artère vitale du régime, et elle s'oppose avec véhémence à l'idée d'un tel suivi sur les droits de l’Homme.  Elle ne veut pas payer un prix si cher pour un paquet qui n'implique rien de concret.

Le 21 octobre, après une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif, Hechmatollah Falahatpishe, le chef de la commission de la sécurité et des affaires étrangères du parlement iranien, a déclaré : "Dans deux jours, le document relatif aux relations économiques entre l'Iran et l'Europe après le retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire devrait être prêt et nous attendons de recevoir ce document."

Falahatpishe a également annoncé que le véhicule financier de l'Europe sera finalisé avant le 4 novembre, sans cacher son scepticisme quant aux résultats pratiques.

" Nous pensons que les Européens ont la détermination nécessaire pour maintenir l’accord nucléaire et donner une réponse positive à la politique d'engagement de l'Iran, mais nous devons encore attendre pour voir quel est le pouvoir effectif dont ils bénéficient.

" Malheureusement, le type de comportement dont nous avons été témoins dans les petites et grandes entreprises européennes et même dans les banques montre qu'elles n'ont pas le pouvoir nécessaire pour confronter les circonstances ", a-t-il ajouté.

Mahmoud Vaezi, le chef du bureau de Rouhani, a évoqué le développement de la coopération avec l'Union européenne. "Surtout dans le climat actuel, nous avons pris des dispositions avec l'UE concernant l’accord nucléaire" dit-il avant d’ajouter que " l'ouverture du bureau de l'UE peut être bénéfique pour notre coopération économique avec l'Union".

Cette idée est cependant loin de faire l’unanimité à l’intérieur du sérail. Le site web du Mashreq commente : "M. Vaezi ! L'Union européenne veut un bureau pour téléguider des infiltrations et des sabotages."

Même les partisans du plan de l'UE visant à contourner les nouvelles sanctions ont des doutes quant à l'efficacité de ces mesures dans la pratique.

Le 21 octobre, le site web Fararu cite Hassan Beheshtipur, un expert proche de Rouhani, qui affirme que l'Europe ne sera pas le sauveur de l'économie de l'Iran.

" Ce que l'Iran et l'Europe ont l'intention de faire, c'est une sorte de canal très restreint pour le commerce. En fait, l'Europe est trop liée aux États-Unis quand il s'agit de faire beaucoup pour l'Iran... Nous devons également tenir compte des capacités et des limites de l'Europe".

Les craintes et les espoirs de l'Iran et les tensions internes entre les différentes factions de l'élite dirigeante au sujet du paquet européen sont ancrés dans la simple réalité que sans les États-Unis, l'Europe ne peut pas apporter beaucoup d'avantages économiques concrets à l'Iran.

C'est pourquoi des sources proches de la faction de Rouhani le qualifie de " faible " alors que la faction de Khamenei est plus brutale en disant qu'il s'agit d'une relation " préjudiciable ".

Mais il y a aussi une raison moins évidente pour laquelle le plan de l'Europe n'est pas aussi attrayant pour les mollahs au pouvoir en Iran : Un bureau européen de suivi de la situation des droits de l'homme. En fait, au cours des 20 dernières années, l'Iran n'a pas permis à aucun journaliste ni aucune équipe d’enquête sur les questions relatives aux droits de l’Homme d'entrer dans le pays.

Pour ceux qui ne connaissent pas très bien la structure du pouvoir en Iran et l'hégémonie idéologique que les mollahs au pouvoir exercent sur la population du pays, le raisonnement qui sous-tend la crainte pure et simple de l'Iran pour les droits humains n'est peut-être pas très évident.

À propos de l'ouverture d'un bureau européen à Téhéran, Abolfazl Zohrevand, ancien ambassadeur d'Iran en Italie et en Afghanistan, dit : " En ouvrant un bureau, l'UE envoie un ambassadeur dans notre pays qui peut faire un rapport sur la situation des droits humains".

Il ajoute que "les Européens tentent de progresser dans leurs objectifs vis-à-vis de l’Iran et en ouvrant ce bureau, nous leur donnons les moyens de le faire... C'est une pression supplémentaire sur nous, et nous serons amenés à leur rendre des comptes."

Le dilemme auquel le régime iranien est confronté peut-être décrit comme suit : D’une part un espoir de soulagement pour compenser des décennies de mauvaise gestion économique pour diminuer le mécontentement croissant de la population et le risque de soulèvements populaires, et de l’autre, la peur d’une ouverture qui pourrait mettre en danger la structure très oppressive sur laquelle les mollahs comptent pour réprimer le mécontentement populaire.

 

 

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