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La démission et le retour de Zarif :

Crise incurable au sommet de la République islamique

Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères de la République islamique, a repris son poste mercredi 27 février, après le refus de sa démission par Hassan Rouhani.
Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères de la République islamique, a repris son poste mercredi 27 février, après le refus de sa démission par Hassan Rouhani.

Mohammad Javad Zarif, le ministre controversé des Affaires étrangères de la République islamique, a repris son poste mercredi 27 février, après le refus de sa démission par Hassan Rouhani.

Cet aller-retour a cependant révélé au grand jour l’ampleur des crises intestines dans la théocratie iranienne.

Du côté de Hassan Rouhani, bien qu’on se réjouit du retour de l’irremplaçable chef de la diplomatie, on ne manque pas de souligner que cet évènement a mis fin à la crédibilité du gouvernement sur la scène internationale. Si le fait que toutes les décisions de la politique étrangère de la République islamique sont prises par le Guide suprême et sa garde rapprochée et non le président et son cabinet, était déjà un secret de polichinelle, le geste de Mohammad Javad Zarif a dissipé les moindres doutes qui auraient pu encore être exprimés à ce sujet. Pire encore, ce n’est personne d’autre que le sinistre général Qasem Soleimani, qui a pris les devants pour limiter les dégâts en affirmant que Zarif et bel et bien LE responsable des Affaires étrangères de la République islamique. Le choix du commandant en chef de la Force Qods, chargé des opérations extraterritoriales du Corps des Gardiens de la révolution islamique, a été pour le moins maladroit pour lancer une telle affirmation. S’il y a une personne autre que le Guide suprême qui ne rend compte à personne, dont au chef de la diplomatie, ses agitations au-delà des frontières, c’est bien le général qui a d’ailleurs été surnommé le "boucher de la Syrie" !

Quoi qu’il en soit, le site Web Fararu, proche de Rouhani n’est pas du même avis que le général : "Cette démission prouve que le gouvernement ne joue pas un rôle prépondérant dans la politique étrangère."

"La démission de Zarif a mis un point final au crédibilité du gouvernement et de sa place dans le système politique iranien sur la scène internationale", dit Mehdi Motaharnia, un expert proche de Rouhani, cité toujours par Fararu.

"La politique étrangère du régime n’est pas du domaine du gouvernement et le départ du ministre des Affaires étrangère ou même du président de la République n’y changeront rien", ajoute Motaharnia qui rappelle que de graves décisions doivent être prises dans les six mois à venir, surtout en ce qui concerne les relations avec les États-Unis.

Le différend n’est pas d’ordre tactique, note de son côté Fereydoun Majlesi, un ancien diplomate du régime iranien, proche lui aussi de Hassan Rouhani. "Il faut voir si on veut ou non remettre sur les rails, une politique étrangère qui a commencé avec le JCPOA [l’accord nucléaire signé en 2015 avec cinq puissances internationales] et qui a été démolie par la suite ?" dit-il.

"Dans le statu quo dans lequel on se trouve, le rejet des législations du GAFI pourraient suffire à la démission de tout le cabinet", affirme encore l’ancien diplomate qui ajoute : "Il ne faudrait pas s’étonner que même Hassan Rouhani soit amené à présenter sa démission."

En même temps, dans le clan du Guide suprême, on ne cache pas sa fureur. Hossein Shariatmadari, le rédacteur en chef du journal Kayhan, s’est fâché du fait que la démission du 1er diplomate du cabinet de Rouhani ait passé au second plan la visite de Bachar al-Assad à Téhéran, ce qu’il qualifie d’une "victoire". "Il paraît que M. Zarif n’apprécie pas beaucoup cette victoire", s’exclame Shariatmadari qui pilonne Zarif pour son bilan "marquée notamment par la déroute du JCPOA."

Le rédacteur en chef de Kayhan n’oublie pas de mentionner par ailleurs que "les ennemis extérieurs font ridiculement référence à la démission de Zarif pour en déduire la débilité du régime."

Le 26 février, Mashregh News, un site Web proche d’Ali Khamenei, fustige également Zarif et l’accuse de tenter d’influencer la société en vue de mettre sous pression l’État pour "admettre de nouvelles concessions aux États-Unis."

"La démission du ministre des Affaires étrangères qui est survenu au pire moment possible, transmet des pulsations significatives vers l’Occident", répète Mashregh News qui ajoute : "La démission du ministre des Affaires étrangères qui est survenu au pire moment possible, transmet des pulsations significatives vers l’Occident."

Cette démission, reconnaît le site Web proche de Khamenei, " pourrait persuader l’Occident qu’hormis la crise économique et celle des conditions de vie en Iran, la situation politique à la tête de l’État et du gouvernement est également en proie à une crise."

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