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28 décembre 2017

Début des révoltes de 2018

Des révoltes qui se perpétuent

Cette photo prise le 30 décembre 2017 à l’Université de Téhéran, deviendra le symbole de la révolte de décembre et janvier 2017/2018
Cette photo prise le 30 décembre 2017 à l’Université de Téhéran, deviendra le symbole de la révolte de décembre et janvier 2017/2018

 

L’appel à cette manifestation du 28 décembre 2017 à Mashhad, deuxième ville de l’Iran dans le nord-est du pays, s’annonçait sous le mot d’ordre " Non à la hausse des prix". L’inflation galopante a en effet entraîné une vague de mécontentements, surtout dans les classes pauvres de la société et dans ceux de la classe moyenne qui commencent à s’appauvrir dans la récession économique et le fléau du chômage qui prévalent dans le pays.

Mais très vite les " mort à Khamenei, mort à Rouhani " retentissent dans le ciel de Mashhad et la manifestation se transforme en un mouvement aspirant à la chute de la République islamique.

Malgré une répression policière brutale employant notamment les canons à eau les tirs de lacrymogène, le mouvement fait tache d’huile à plusieurs autres villes de la province.

 

La révolte s’empare de 140 villes

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Malgré la répression, les manifestations font tache d’huile, s’emparant de 140 villes du pays

 

Le lendemain, ce sont des dizaines de villes à travers tout l’Iran qui rejoignent la révolte aux cris de " mort à Khamenei ". Face aux tentatives de répression, les manifestants s’en prennent aux symboles du pouvoir, notamment les centres de la police, les centres des miliciens du Bassij, les gouvernorats, les bureaux des représentants du Guide suprême dans la province et les banques accusés des spoliations qui touchent 20 millions de personnes dans le pays, selon les chiffres officiels.

Le mouvement ne s’arrête pas malgré les arrestations multiples. Le 30 décembre, c’est l’Université de Téhéran qui s’insurge parmi les fumées de lacrymogène qui l’envahissent. Le même jour les manifestants mettent un terme au mythe du réformisme dans le régime iranien, en scandant " Réformistes, conservateur, le jeu est fini ". Ce slogan qui sera repris dans les autres révoltes à travers le pays révèlent que contrairement aux révoltes de 1999 et 2009, les manifestants ne sont plus en quête d’une solution à l’intérieur du sérail. Très vite, malgré une cinquantaine de morts dans la rue, la révolte s’empare de 140 villes du pays.

Une répression sans merci répondra à ces manifestations. Plusieurs milliers de personnes (8.000 selon les chiffres de l’opposition) seront écroués. Plusieurs détenus sont achevés sous la torture, avant que le régime prétende qu’ils se sont suicidés en prison.

 

Les Moudjahidine du peuple véhiculent les révoltes

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Face aux tentatives de répression, les manifestants s’en prennent aux symboles du pouvoir, notamment les centres de la police, les centres des miliciens du Bassij, les gouvernorats, les bureaux des représentants du Guide suprême

 

Traumatisé par l’ampleur du mouvement et son aspiration à la chute du régime, le Guide suprême de la République islamique se taira pendant 12 jours, avant de prendre la parole sur le sujet, le 9 janvier 2018.

L’indice accusateur d’Ali Khamenei se tendra vers les Moudjahidine du peuple qu’il désigne comme le moteur du mouvement.

" Ils se sont préparés depuis des mois. C’est eux qui ont lancé l’appel à la manifestation. C’est eux qui ont choisi le mot-d’ordre "Non à la hausse des prix" qui est un slogan qui plaît à tout le monde", dit le Dictateur de Téhéran dont les propos sont diffusés par la télévision d’État, Irib.

" Deux QG avaient été constitués dans les pays voisins de l’Iran, l’un pour diriger les opérations sur le cyberespace, l’autre pour gérer les insurrections", dit encore Khamenei.

" Ils [les Moudjahidine du peuple] s’étaient organisés depuis des mois. Ils avaient ciblé des gens à l’intérieur du pays pour les aider et lancer des appels à la manifestation ", explique-t-il encore.

Quelques jours avant ce discours de Khamenei, Hassan Rouhani, le président de la République islamique demande au président français Emmanuel Macron de prendre des mesures contre les Moudjahidine du peuple, qu'il accuse d'attiser des manifestations en Iran.

 

La révolte continue

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Le 14 avril, c’est la population de la ville de Kazerun (province de Fars dans le sud du pays) qui s’est soulevé pendant deux semaines

 

La deuxième étape du soulèvement iranien a commencé au début de la nouvelle année iranienne (mars 2018).

À partir du 28 mars 2018, la communauté arabe de la ville d’Ahwaz (dans le sud-ouest du pays) a commencé ses protestations.

Les fermiers d'Ispahan (centre de l’Iran) sont descendus dans la rue après la nouvelle année iranienne et ont commencé à prendre la tête du soulèvement. Les autorités iraniennes ont réprimé les agriculteurs en procédant à de nombreuses arrestations. Les agriculteurs d'Ispahan avaient déjà commencé leurs protestations avant la nouvelle année iranienne, réclamant leur droit d’accès à l'eau du fleuve Zayanderud.

Quelques jours plus tard, le 14 avril, c’est la population de la ville de Kazerun (province de Fars dans le sud du pays) qui s’est soulevé pendant deux semaines.

Ensuite, le 10 mai, la grève nationale du corps enseignant en Iran, qui s'est déroulée dans 34 villes du pays, a eu un impact important sur les prochains développements concernant le soulèvement national.

En avril et mai, a commencé la grève des commerçants des villes frontalières de l’ouest et du nord-ouest de l’Iran, avant de s’étendre au Bazar de Téhéran et à d'autres villes du pays.

La grève nationale des routiers iraniens a commencé le 22 mai et s'est étendue à presque toutes les provinces de l’Iran. Cette grève qui a bloqué les transports a eu des effets déstabilisants pour le pouvoir en place.

 

Troisième étape

À partir de juillet et août 2018, les protestations en cours en Iran sont passées à la troisième étape. Cette nouvelle période est surtout caractérisée par les grèves qui prennent des dimensions nationales, dans lesquelles diverses couches de la société se révoltent contre la corruption de l’État qui a mené l’économie à la ruine et qui a réduit de nombreuses tranches de la société à la vie en-dessous du seuil de la pauvreté. Les grèves répétées des routiers, des commerçants, des sidérurgistes, des cheminots, etc, s’inscrivent dans cette perspective.

Ces mouvements apparemment économiques s’accompagnent des manifestations dans lesquels les Iraniens expriment de plus en plus visiblement leurs aspirations historiques : La liberté, la prospérité, la sécurité sociale et un gouvernement légitimé par le vote populaire.

 

Caractéristiques importantes de la nouvelle vague des protestations

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Les manifestants cherchent des solutions en dehors du système politique iranien actuel

 

Depuis que les mollahs ont pris le pouvoir en Iran, il y a près de 40 ans de cela, le pays a connu plusieurs cycles de protestations et de soulèvements. Alors que des vagues plus petites se produisaient chaque mois, chaque année, chaque saison ou à différentes occasions éthiques, politiques ou économiques, il y a eu trois grands cycles de protestations en Iran :

Les soulèvements estudiantins de 1999 étaient issus d'une lutte de pouvoir interne entre les soi-disant réformistes et les conservateurs du régime iranien. Les manifestants cherchaient une solution au sein de l’actuel appareil politique iranien.

Les soulèvements contre les fraudes électorales de 2009 incluaient les classes moyennes et supérieures de la population. Bien qu’encore issus de luttes internes de pouvoir entre les soi-disant réformistes et les conservateurs, ces soulèvements n'étaient plus limités aux étudiants et incluaient un vaste éventail de la population de niveau d'éducation, d'ethnicité et d'origine différentes. Sur le plan de l'emplacement, les protestations étaient réparties dans tout le pays et incluaient pratiquement toutes les grandes villes. Les aspirations des manifestants au cours des soulèvements de cette année ont connu une nette évolution, passant de la recherche d’une solution au sein du système politique iranien à la mise en question de l'ensemble de la théocratie en place.

L’actuel soulèvement qui a commencé en décembre 2017 a des différences fondamentales avec les deux précédents, ce qui pourrait mener à son succès à long terme. Voici quelques-unes des caractéristiques de la nouvelle vague de protestations:

-        Les manifestants cherchent des solutions en dehors du système politique iranien actuel : Les soi-disant réformistes sont entièrement débordés par les évènements. Des slogans rejetant tous les clivages du pouvoir en place, tels que "Réformistes, conservateurs, c’est fini le jeu", sont aussi courants que ceux de "mort au dictateur", "mort à Rouhani" et "mort à Khamenei". Rouhani n'a pas tenu une seule de ses promesses électorales et les Iraniens le voient de plus en plus pour ce qu'il est : Une vitrine trompeuse d'un régime meurtrier appartenant à l'âge des ténèbres.

 

-        Radicalisation : Même les protestations les plus économiques se transforment rapidement en protestations politiques ciblant l'ensemble du système politique iranien avec le Guide suprême Ali Khamenei à son sommet. En fait, la première étincelle des protestations a commencé à Mashhad où les partisans de Raïssi (qui était le rival de Rouhani lors des dernières présidentielles en Iran) ont organisé un rassemblement contre la politique économique de Rouhani. Ce qui était censé être une manœuvre dans la lutte interne du sérail s'est muté en moins de quelques heures, en une protestation contre l'ensemble du régime.

 

-        La durée des protestations : Les manifestations se poursuivent depuis décembre 2017. Au cours des 4 dernières décennies depuis que les mollahs ont pris le pouvoir en Iran, aucune protestation n'a pu se poursuivre aussi longtemps malgré la répression du gouvernement.

 

-        Un large éventail de manifestants : Les protestations comprennent un éventail varié de personnes d’origines politiques, de racines ethniques et de classes sociales différentes. Des travailleurs aux agriculteur, en passant par les chômeurs, les étudiants et les petits et grands commerçants, jusqu’aux commerçants de l’or, participent à ces soulèvements. Alors que des jeunes générations manifestent en réclamant ouvertement un Etat laïque, des foules d’âge mûr perturbent les prières de vendredi en faisant le dos à la tribune de l’Imam de la prière et en scandant "Dos à l’ennemi, face à la patrie ! ". Il y a aussi bien des manifestations de jeunes femmes qui protestent ouvertement contre le port obligatoire du voile, que des femmes vêtues en tchador noir qui descendent dans la rue en scandant "Notre ennemi est ici-même, ils mentent en disant que c'est l'Amérique".

 

-        Une économie réduite en ruine par la mauvaise gestion, la corruption et les sanctions : Au fil des ans, les pétrodollars ont aidé les mollahs à dissimuler leur corruption, leur incompétence, les ravages économiques dus à leur politique expansionniste et leur impopularité. L'économie iranienne est maintenant au bord d'une véritable implosion. Les experts estiment que le taux d'inflation augmente de 100 à 200 % d'année en année. La valeur du Rial iranien continue sa chute libre par rapport au dollar américain. Ce chaos économique a entraîné une précarité irrémédiable et qui souffle dans les brasiers de la révolte. Ajoutons à cela des sanctions qui devraient couper l’accès du régime clérical aux pétrodollars, après le mois de novembre, pour mieux spéculer sur l’avenir de ces soulèvements. 

 

 

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