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23 novembre 1985

Décès de Sa’edi, l’un des plus grands écrivains contemporains de l’Iran

Traqué par deux régimes

Gholam-Hossein Sa’edi a été l’un des plus grands écrivains, romanciers et scénaristes contemporains de l’Iran
Gholam-Hossein Sa’edi a été l’un des plus grands écrivains, romanciers et scénaristes contemporains de l’Iran

Le 23 novembre 1985, Gholam-Hossein Sa’edi, l’un des plus grands écrivains, romanciers et scénaristes contemporains de l’Iran, décède en exil à Paris.

Né en 1936 à Tabriz, dans le nord-ouest de l’Iran, Sa’edi est gagné par la passion de la lecture puis de l’écriture dès son enfance fascinée par les œuvres de l’écrivain russe Anton Tchekhov.

Il commence à écrire en 1949. Ses articles sont alors politiques et incitent les villageois à s'opposer aux grands propriétaires terriens. Il participe également à l'édition de trois magazines: Faryad (" Le cri "), So'ud (" L’ascension ") et Javanan-e Azarbayjan (" Les jeunes d’Azerbaïdjan ").

En 1953, il est emprisonné une première fois avec son frère cadet à la prison de la police de Tabriz, après le coup d'État de la CIA et de la Cour impériale contre Mohammad Mosaddegh, le Premier ministre démocratiquement élu. Sorti peu de temps plus tard, il poursuit sa carrière littéraire critique sur le plan socio-politique.

Gohar Morad

En 1957, il publie sa première pièce de théâtre, Leylaj’ha (" Les joueurs de carte "), sous le pseudonyme d’une femme, Gohar Morad. La Savak, la police secrète du Chah, le met dès alors dans sa ligne de mire.

Continuant ses études en psychologie, il fait la connaissance de nombreux dissidents dans les milieux estudiantins, qui deviendront célèbres plus tard.

Après avoir déménagé à Téhéran au début des années 1960, où il fonde avec son frère Akbar une clinique médicale dans le sud appauvri de la ville, il se familiarise aussi avec l'intelligentsia littéraire iranienne, dont le fameux poète Ahmad Chamlou, les romanciers Jalal Al-e Ahmad, Simin Danechvar, et des écrivains tels que Parviz Natel Khanlari et Jamal Mirsadeghi.

Du Foyer des écrivains à la prison d’Evin

Les années 1960 marquent le resserrement de la dictature du Chah. Sa’edi et d'autres intellectuels protestent contre la politique du ministère de la Culture et des Arts de 1966 obligeant tous les éditeurs à demander à l'État l'autorisation d'imprimer leurs écrits. En 1968, après l'échec de leurs protestations, Sa’edi et d'autres écrivains fondent le Kanun-e Nevisandegan-e Iran ("Foyer des écrivains iraniens").

Bien que la censure de certaines de ses œuvres ait continué, Sa'edi continue de publier. En plus de drames, d'histoires, de romans et de scénarios, Sa'edi a participé à la publication de magazines littéraires, de revues scientifiques et a publié quinze traductions de littérature psychologique et médicale européenne.

En 1973, il devient le rédacteur en chef d’un magazine littéraire trimestriel, Alefba ("L’Alphabet"). Devenu trop critique, il est arrêté par la Savak en 1974 et torturé dans la tristement célèbre prison d’Evin de Téhéran.

Après avoir déjà eu des idées suicidaires, la dépression de Sa'edi est imminente après sa libération, près d'un an plus tard.

Ses efforts pour promouvoir la démocratie en Iran

La fin des années 1970 et le début des années 1980 voient les dernières tentatives de Saedi pour promouvoir la démocratie en Iran. En 1977, il participe à l'événement Dah Shab-e Sher ("Les dix nuits de la poésie") à Téhéran, organisé par le Foyer des écrivains iraniens en coopération avec le Goethe-Institut. L'Association of American Publishers invite Sa’edi à New York où il s'entretient avec le dramaturge américain Arthur Miller.

Traqué par le régime islamique et forcé à l’exil

Ottelo au pays des merveilles"Ottelo au pays des merveilles", une pièce de théâtre qui tourne en dérision l’appareil de censure des ayatollahs : un chef d’œuvre de Sa’edi

Après la fondation de la République islamique et l'exécution de son ami, le dramaturge Saïd Soltanpour, Sa’edi, de nouveau traqué par le nouveau régime, se réfugie en France via le Pakistan. En 1982, à Paris, il fonde l'Association des écrivains iraniens en exil et rétablit le journal Alefba. En outre, il cofonde l’Association iranienne du théâtre et a écrit deux autres pièces de théâtre, dont le très comique "Ottelo au pays des merveilles", une reconstitution de la pièce de William Shakespeare, qui tourne en dérision l’appareil de censure des ayatollahs ; un chef d’œuvre qui est resté dans l’histoire du théâtre iranien.

À Paris, Sa’edi s’approche du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) qu’il soutient.

Bien que n’arrêtant pas ses activités littéraires et politiques, le supplice de l’exil exacerbe la dépression de Sa’edi. En 1985, après des années de forte consommation d'alcool, on diagnostique chez lui une cirrhose. Il est admis à l'hôpital Saint-Antoine de Paris le 2 novembre 1985. Le 23 novembre, il décède alors que son épouse et son père sont à ses chevets. Quelques jours plus tard, il est enterré avec un mémorial organisé par l’Association des écrivains iraniens en exil, au cimetière du Père Lachaise près de la tombe de Sadeq Hedayat, un romancier iranien.

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