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Un article de Wall Street Journal :

Des sacs d’argent et un attentat à la bombe

Les autorités belges ont déclaré avoir arrêté un émigré iranien et son épouse alors qu'ils se rendaient à une conférence le 30 juin à Villepinte, en France, et avoir trouvé un dispositif contenant un puissant explosif. REGIS DUVIGNAU/REUTERS
Les autorités belges ont déclaré avoir arrêté un émigré iranien et son épouse alors qu'ils se rendaient à une conférence le 30 juin à Villepinte, en France, et avoir trouvé un dispositif contenant un puissant explosif. REGIS DUVIGNAU/REUTERS

" Des sacs d’argent et un attentat à la bombe: à l'intérieur d'une opération clandestine iranienne en Europe ". C’est là le titre d’un article de Matthew Dalton publié dans le Wall Street Journal, le 31 octobre 2018, dont vous pourrez lire la traduction ci-dessous :

 

Fin juin, par une belle journée ensoleillée, un émigré iranien du nom d'Amir Saadouni a rencontré sur la terrasse d'un café luxembourgeois un agent des services secrets iraniens connu sous le nom de Daniel, qui l'avait payé pendant des années pour espionner un groupe en France qui s'oppose au régime en place à Téhéran.

La collecte d'informations " ne nous suffit pas ", a dit Daniel, selon des gens qui connaissent bien la question. Ils ont dit que l'agent avait donné à Saadouni et à son épouse un engin explosif pour une conférence annuelle organisée par le groupe, où Rudy Giuliani, l'avocat du président Trump, devait intervenir le 30 juin.

Les services de sécurité européens, agissant en partie sur la base d'un renseignement fourni par les services de renseignements israéliens, surveillaient la situation, ont indiqué des responsables. Les autorités belges ont déclaré avoir arrêté Saadouni et son épouse alors qu'ils se rendaient à la conférence en dehors de Paris, et ont trouvé un appareil contenant un demi-kilo de TATP, un puissant explosif. La police allemande a arrêté l'agent de renseignement à quelques kilomètres de la frontière avec l'Autriche, où il était en poste en tant que diplomate à l'ambassade d'Iran et aurait bénéficié de l'immunité de poursuites judiciaires, ont déclaré des responsables.

Le complot présumé a été déjoué à un moment diplomatique crucial, un mois après le retrait de Washington de l'accord nucléaire iranien. Le président français Emmanuel Macron et d'autres dirigeants européens tentent de sauver l'accord. Le 5 novembre, l'administration Trump s'apprête à imposer une nouvelle série de sanctions, la plus sévère jamais imposée au secteur pétrolier iranien.

L'allégation selon laquelle un agent iranien aurait comploté une attaque sur le sol français compromet le soutien de l'Europe à cet accord. Alors que les responsables américains et israéliens intensifient leurs pressions sur l'Europe pour qu'elle rompt ses liens avec Téhéran, ils l'ont cité comme une raison pour laquelle M. Macron et d'autres dirigeants devraient mettre fin à leur soutien à l'accord.

Mardi, le Danemark a annoncé qu'il avait déjoué une opération iranienne visant à tuer un dissident, faisant pression sur l'Europe pour qu'elle durcisse sa position envers Téhéran. Un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré que l'Iran n'était pas impliqué dans cette affaire.

Ce récit du présumé complot de juin est basé sur des entretiens avec des fonctionnaires européens ainsi que des proches de Saadouni et de son épouse, Nasimeh Naami. Un avocat de l'agent, identifié comme Assadollah Assadi, a refusé de commenter. Le gouvernement iranien n'a pas répondu à une demande de commentaires. Le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif a affirmé que le complot avait été monté par les opposants internationaux de l'Iran pour creuser un fossé entre Téhéran et l'Occident.

Étant donné le rôle de la France dans la tentative de sauvetage de l'accord, certaines autorités européennes ont pensé que le complot présumé pourrait être une opération malhonnête. Mais les autorités françaises ont déclaré qu'elles avaient remonté jusqu'à un haut responsable du ministère iranien du renseignement, Saeid Hashemi Moghadam.

Aujourd'hui, les responsables et les analystes s'inquiètent du fait que cet incident marque une escalade dans la volonté de l'Iran d'entreprendre des opérations secrètes violentes dans l'Occident - après des années de relative retenue – pour bousculer le nouvel équilibre dans sa diplomatie avec les États-Unis.

"Ils ont l'impression que les contraintes qui pèsent sur eux se sont augmentées ", a déclaré Bruce Riedel, chercheur principal à la Brookings Institution, un groupe de réflexion basé à Washington et ancien fonctionnaire de la Central Intelligence Agency (CIA), de la Maison Blanche et du Pentagone.

Le gouvernement iranien et le groupe visé par le complot présumé, connu sous le nom de Moudjahidine du peuple, ou MeK, sont des ennemis depuis l’avènement de la révolution islamique de 1979. La MeK était l'une des factions en lice pour le pouvoir et, après avoir perdu une lutte sanglante avec les forces loyales à l'ayatollah Ruhollah Khomeiny, elle a été contrainte à l'exil, bien qu'elle ait maintenu une appartenance clandestine en Iran. Le gouvernement américain a considéré la MeK comme une organisation terroriste de 1997 à 2012, lorsque le gouvernement Obama a levé cette désignation.

Saadouni, âgé de 38 ans, s'est vu accorder l'asile politique en Belgique en tant que membre de la MeK après avoir quitté l'Iran il y a environ une décennie. Il s'est rapidement installé en Occident, s'intéressant à la musique rock et s'habillant en noir, disent les gens qui le connaissent. Ses groupes préférés étaient Rammstein et Pink Floyd.

Il a également noué une relation en ligne avec Naami, qui travaillait dans une piscine en Iran. Naami est venue en Belgique et a épousé Saadouni.

Il y a plusieurs années, Assadi, alias Daniel, a approché Saadouni en disant qu'il était un agent de renseignement iranien cherchant des informations sur la MeK, selon des proches du couple.

Bien qu'il ait porté le titre indescriptible de " troisième conseiller à l'ambassade d'Iran à Vienne ", les responsables français affirment qu’Assadi travaillait pour le ministère iranien du renseignement, qui est contrôlé par des extrémistes et reçoit souvent ses ordres directement venus du chef suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei. Assadi était prêt à payer des milliers d'euros pour les renseignements, a déclaré un proche de Saadouni, et a menacé de rendre la vie difficile à la famille de Saadouni en Iran s'il refusait.

A partir de 2014 environ, Saadouni et Naami se rendaient régulièrement aux réunions de la MeK et en rendaient compte à Assadi dans les villes d'Europe, a dit cette personne. Bien que Saadouni soit resté son point de contact, Assadi a insisté pour que Naami l'accompagne en mission.

Parfois, ils se rendaient à Vienne, rencontrant Assadi dans un train après de multiples transferts pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis, ont dit des proches du couple. Saadouni faisait des comptes rendus à Assadi, avant de recevoir de nouvelles ordres et repartir avec des sacs d'argent.

L'argent a permis au couple de vivre confortablement. Saadouni faisait des petits boulots et Naami travaillait dans un service de repassage des vêtements. Lorsque le couple s'est séparé ces dernières années, ils pouvaient se permettre de vivre séparément, avec leur propre appartement et leur propre voiture. Plus tôt cette année, Saadouni a payé plus de quatre cents euros pour un billet pour voir Roger Waters de Pink Floyd à Anvers.

Saadouni croyait qu’Assadi avait plusieurs taupes à l'intérieur de la MeK, selon une personne proche de Saadouni. Lorsqu'il l'interrogeait sur les réunions de la MeK, Assadi lui montrait des photos de personnes qu'il disait être là, même si M. Saadouni n'en avait pas parlé, a dit la personne.

Shahin Gobadi, porte-parole de la MEK, a déclaré que Saadouni et Naami étaient des partisans du groupe, mais pas dans son cercle restreint.

Sous les ordres d’Assadi, le couple est devenu un habitué d'un rassemblement annuel de groupes d'opposition iraniens organisé par la MeK en dehors de Paris. Des responsables américains et européens à la retraite et des ex-politiciens ayant une position dure contre l'Iran ont souvent été invités à prendre la parole, notamment M. Giuliani et John Bolton. Aujourd'hui, les deux hommes sont proches de M. Trump, M. Bolton étant le conseiller en matière de sécurité nationale.

"Je suis sûr que les Iraniens sont très alarmés lorsqu'ils voient Giuliani et Bolton et d'autres approcher ouvertement la MeK ", a déclaré M. Riedel.

Cette année, le régime iranien a dû confronter de protestations généralisées, et reproche à la MeK d'avoir contribué à les attiser, selon des responsables de la MeK.

Quelques jours avant la conférence du 30 juin, Assadi a convoqué Saadouni et Naami à Luxembourg.

Assadi a placé une trousse de maquillage dans le sac à main de Naami, selon des proches du couple. Ils ont dit que le couple a dit plus tard aux enquêteurs qu’Assadi a dit que la trousse contenait un dispositif qui était un pétard, qui ferait un bruit fort sans faire de mal à personne.

 

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