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Iran - protestations :

Le face-à-face entre routiers et le régime iranien

Avec 300% d’augmentation des prix des pièces détachées, les routiers sont bien loin de la réalisation de leurs revendications
Avec 300% d’augmentation des prix des pièces détachées, les routiers sont bien loin de la réalisation de leurs revendications

Depuis le 1er novembre, les routiers et camionneurs iraniens de nombreuses villes ont entamé une quatrième série de leurs grèves en 2018. La première et principale revendication des camionneurs est la libération de leurs collègues qui avaient été arrêtés par les forces de sécurité du régime iranien lors de la troisième série de grèves, qui a eu lieu en septembre.

Dans un message adressé aux chauffeurs détenus, l'un d'entre eux a déclaré : " Je voulais déclarer qu'en tant que votre frère et chauffeur, cela fait 8 jours que j'ai garé mon camion en hommage et en respect à ceux qui sont actuellement en prison. Nos collègues sont maintenant en prison, mais ceux d'entre nous qui vivent dans nos foyers sont également emprisonnés. Dans ces conditions, il est inutile de travailler, et même si on travaille, la totalité des revenus seront versés dans les frais de l’entretien du camion."

Avec 300% d’augmentation des prix des pièces détachées, les routiers sont bien loin de la réalisation de leurs revendications. Le prix de la réparation d'une boîte de vitesses a par exemple été multiplié par cinq.

" Aucune des promesses faites par le gouvernement n’ont été tenues. Les prix font des ravages, sans compter les pénuries de pneus et de pièces de rechange ", dit un routier en grève depuis le 1er novembre, avant d’ajouter que même si les prix et les pénuries ne faisaient pas défaut, la grève continuerait jusqu’à la libération des camionneurs emprisonnés.

Au cours de la troisième série de grèves, au lieu de répondre aux revendications, les autorités ont arrêté quelques 130 conducteurs de poids-lourds. Mais les tactiques d'intimidation n'ont pas empêché les routiers iraniens de reprendre la grève pour la quatrième fois en 2018.

Alors que les routiers ont du mal à joindre les deux bouts, Eshaq Jahanguiri, le premier vice-président du régime iranien, a déclaré à l'agence de presse publique Isna : " Les chauffeurs de camions devraient supporter la situation actuelle pendant encore quelques mois jusqu'à ce que cette période soit révolue."

Le N°2 du gouvernement a tenté sans vergogne d'imputer la responsabilité de la situation actuelle aux sanctions qui sont entrées en vigueur le 5 novembre. Mais les camionneurs, qui en sont maintenant au quatrième tour de leur grève, ne seront plus trompés par de fausses promesses.

" Le régime s’en fout éperdument des conducteurs. Le système des transports ne s'occupe que de ses cargaisons ", affirme un routier en colère.

" J'ai acheté un pneu à Barez Company en mars à 3,85 à 18 millions de rials [80 à 375 €]. Aujourd'hui, le prix est passé à 90 millions de rials [1875 €]. Et encore, ces pneus sont produits en Iran même, à Kerman ", se plaint-il.

Plusieurs fédérations et syndicats internationaux du travail ont exprimé leur soutien aux camionneurs iraniens.

Les grèves des routiers déroulent parallèlement à des mouvements de protestation dans d'autres parties de l'Iran. La semaine dernière, les enseignants iraniens ont organisé une grève de deux jours qui s'est étendue à des dizaines de villes. Ils ont obtenu un large soutien de la part de leurs élèves et de la population.

Les paysans d'Ispahan poursuivent également leurs grèves et leurs manifestations depuis plusieurs mois pour protester contre les politiques corrompues du régime et la mauvaise gestion des ressources en eau du pays.

Parmi les autres manifestations en cours figurent les manifestations et les grèves des travailleurs de la Compagnie de la canne à sucre Haft-Tapeh à Suse, dans le sud-ouest de l'Iran, qui protestent depuis plus de deux semaines contre les salaires non payés et les mauvaises conditions de travail.

Toujours dans le sud-ouest du pays, à Ahwaz, les sidérurgistes organisent également des grèves, qui ont duré une dizaine de jours. Les sidérurgistes n'ont pas reçu leur salaire depuis des mois.

Le mouvement de protestation du peuple iranien est loin de s’arrêter. La plupart de ces manifestations sont organisées et déclarées à l'avance. Le régime iranien tente d'empêcher les manifestations en déployant des forces de sécurité et en recourant à des tactiques d'intimidation. Mais ces tactiques deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. Le peuple iranien est déterminé à poursuivre ses protestations.

" Ni menace, ni prison, n’ont plus d’effet ", ont scandé les grévistes lors des deux derniers jours.

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