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Dans trois discours :

Khamenei a trois fois répété "n’ayez pas peur" !

Lors de trois interventions en février, le Guide suprême de la République islamique a tenté de réconforter les dirigeants de son régime en leur répétant qu’il ne fallait pas avoir peur des crises qui assaillent son pouvoir.
Lors de trois interventions en février, le Guide suprême de la République islamique a tenté de réconforter les dirigeants de son régime en leur répétant qu’il ne fallait pas avoir peur des crises qui assaillent son pouvoir.

Le Guide suprême de la République islamique ne l’avait sans doute pas tant répété dans un espace de temps aussi court : "n’ayez pas peur" ! Le 8 février, il l’a dit pour la première fois à ses militaires, rassemblés à l’occasion du 40e anniversaire du régime : "N’ayez pas peur de l’ennemi et ne vous laissez pas envahir par la peur".

Rebelote le 25 février, alors qu’il s’exprime devant les dirigeants de l’exécutifs, du judiciaire et du législatif : "Ne vous laissez pas prendre par la dépression, l’ennui et l’anxiété. Ne vous laissez pas gagner par la déception."

Le 28 février, s’adressant encore aux miliciens de son régime, qu’il appelait "la nation iranienne" selon son propre rhétorique, le Guide a encore réitéré ses appels au calme : "L’objectif de l’ennemi est de persuader la nation iranienne de ne pas entrer en scène et de la décevoir d’avance."

Force est donc de constater qu’il y a quelque chose qui inquiète énormément les dirigeants de la République islamique, à tel point que le Guide suprême qui est le N°1 de ce régime, se voit obligé d’intervenir au moins à trois reprises en l’espace d’un mois, pour tenter de les consoler. Le phénomène a gagné tous les niveaux du régime, des chefs militaires, en passant par les dirigeants de l’exécutif, du législatif et du judiciaire, et enfin les miliciens du Bassij, censé défendre le régime dans la rue.

Une collection de crises, l’une plus dangereuse que l’autre

Ce qui préoccupe à juste raison tous ceux qui sont de près ou de loin liés à la République islamique, est en fait une collection de crises, l’une plus fatale que l’autre : des crises économiques qui ont mené la société au bord de l’explosion et qui ont provoqué une crise de la légitimité du pouvoir, en passant par un isolement croissant sur la scène internationale, qui s’est manifesté en moins d’un mois dans les sommets de Varsovie, Munich et Charm el-Cheikh.

Le GAFI, l’exemple d’une impasse mortelle

La ratification ou le rejet des législations relatives au Groupe d'action financière (GAFI ou en anglais Financial Action Task Force FATF) qui fait le sujet de graves discordes dans le sérail est l’exemple parfait de l’impasse dans laquelle se trouve la République islamique. est un organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.

Si l’Iran se joint à ces législations, notamment à la Convention de Palerme contre la criminalité transnationale organisée, et les mesures anti-blanchiment d’argent et anti-financement du terrorisme (LAB/CFT), cela reviendrait à ne plus pouvoir financer son principal bras armé (le Corps des Gardiens de la révolution islamique CGRI) et ses principaux mandataires régionaux tels que le Hezbollah qui se trouvent tous sur les listes des organisations terroristes de l’Occident.

"Cela entraînerait le déclin des mouvements islamistes", estime le général Qasem Soleimani, le chef de la Force Qods, l’unité d’élite du CGRI chargé des opérations extraterritoriales.

Or, si Téhéran ne ratifie pas ces législations, "notre système bancaire serait complètement bloqué", dit Nosratollah Tajik, ancien diplomate favorable aux lignes de conduite du GAFI.

"Il faut avoir une vision de sécurité sur cela. Nous ne pourrions même plus nous procurer les besoins de première nécessité de la population et cela pourrait entraîner des émeutes", reconnaît Tajik.

Hossein Mozafar, un membre du Conseil de discernement, tente de garder le juste milieu, mais il ne peut tout de même pas cacher son scepticisme. "Ceux qui sont favorables à la Convention de Palerme (…) reconnaissent que les obstacles qui s’opposent aux transactions bancaires ne vont pas être levés du jour au lendemain ", déplore Mozafari.

La République islamique a retardé tant qu’elle le pouvait la décision sur le dossier litigieux du GAFI. Le dernier deadline fixé par ce groupe est pour juin. Ce qui est sûr c’est que le report d’une décision finale ne pourrait se répéter éternellement et quel que soit le choix de Téhéran, ce sera un grand choc pour le pouvoir en place.

L’impact des unités de résistances sur le statu quo

Un autre élément de choc dans le statu quo actuel est un mouvement de résistance bien organisé qui agit par le biais des unités de résistance à travers tout le pays. Quelques 124 actions de résistance, rien qu’au mois de février, n’est pas un bilan sur lequel on puisse fermer les yeux. Ces actions se sont considérablement accrues en chiffres et en la qualité de cibles. De nombreux centres de la milice Bassij, des écoles de formation de l’élite du clergé au pouvoir, ainsi que les bureaux des représentants spéciaux du Guide suprême dans les villes et les provinces, sont venus élargir l’éventail des cibles des résistants. Autant dire qu’on a affaire à un détonateur qu’il suffirait de brancher à l’élément de la colère sociale provoquée par la récession, le chômage et la précarité.

Dans toute évolution, le régime doit en fait compter avec son principal ennemi à l’intérieur de l’Iran, qui n’est autre que ce mouvement de résistance.

Jusqu’à présent les seules méthodes utilisées par Téhéran pour contrecarrer ce mouvement de résistance, ont été une campagne effrénée de diabolisation et des tentatives d’attentats terroristes. Il faut normalement s’attendre donc à une recrudescence des cas dans ces deux catégories.

Calmer le jeu, jusqu’à quand ?

À l’heure actuelle, la politique de la République islamique est d’atténuer les tensions à chaque évènement susceptible de se muter en un sujet d’explosion. On l’a vu récemment dans la démission du ministre des Affaires étrangère, qui s’est retiré de ses fonctions au bout des nerfs. Toute la panoplie des dirigeants de Téhéran, du Guide suprême au président, en passant par le général Qasem Soleimani, le sinistre patron de la Force Qods, se sont mobilisés pour réconcilier le ministre énervé et le convaincre à reprendre ce poste.

Mais on le sait, la tactique de la patate chaude qu’on refile d’une main à l’autre, a ses limites.

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