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2 décembre 1921

L’assassinat du héros des forêts

Un mouvement qui continuera d’inspirer les luttes pour les démocratie des jeunes Iraniens

Mirza Kuchak Khan, le fondateur du Mouvement Jangal en Iran, dans les débuts du XXe siècle
Mirza Kuchak Khan, le fondateur du Mouvement Jangal en Iran, dans les débuts du XXe siècle

Le 2 décembre 1921, Mirza Kuchak Khan, le héros de la lutte pour la démocratie en Iran, est mort de froid dans les monts Khalkhal, dans le nord de l’Iran.

Kuchak Khan est né sous le nom de Younès dans la ville de Racht au nord de l'Iran en 1880. Fils de Mirza "Bozorg" (signifiant "grand" en persan), il fut surnommé Mirza "Kuchak" (signifiant "petit"). Il étudie la théologie (c'était quasiment la seule éducation formelle à l'époque) à Racht puis à Téhéran.

 

La Révolution constitutionnelle

À la veille de la révolution constitutionnelle de l'Iran, il abandonne ses études pour suivre le mouvement, comme le reste de l'intelligentsia et des gens ordinaires qui s'impliquaient alors beaucoup en politique.

Finalement, dans un décret impérial du Chah de Perse, Mozaffar al-Din Chah donne son accord à l'établissement d'une monarchie constitutionnelle en août 1906.

Cependant, la société féodale qui dirigeait le pays à l'époque n'était pas prête à abandonner ses privilèges et à respecter le parlement nouvellement élu. En juin 1908, le parlement fut fermé après un coup d'État organisé par le nouveau monarque, Mohammad Ali Chah. Les brigades cosaques persanes sous le commandement du colonel russe Vladimir Liakhov aux ordres du Chah bombardèrent le parlement et arrêtèrent les combattants pour la liberté et leurs dirigeants, ainsi que des députés et des journalistes.

Des soulèvements ont suivi dans tout le pays, particulièrement à Tabriz (dans le nord-ouest) et à Racht (dans le nord). Pendant le soulèvement de Tabriz, Kuchak Khan a essayé de joindre les forces de Satar Khan, mais fut incapable de participer activement à cause d'une maladie. Il fut blessé dans la guerre constitutionnaliste et dut voyager jusqu'à Bakou et Tiflis pour recevoir des soins médicaux.

Finalement, Après une période de dictature renouvelée et sanglante appelée la dictature courte, en juillet 1909, les forces nationales révolutionnaires de la province du Guilan et des tribus Bakhtiari du centre de l'Iran s’unissent pour attaquer et conquérir la capitale, Téhéran. Mirza Kuchak Khan était un des commandants subalternes de la force qui a envahi la capitale depuis le nord (sous le commandement de Sepahdar Aazam Mohammad Vali Khan Tonekaboni).

 

Le Mouvement Jangal

Malheureusement, étant donné le manque d'expérience de penseurs et d'activistes de l'époque d'une part et la force des représentants de l'autocratie à l'époque, les mêmes classes privilégiées et leurs représentants politiques ont pris le pouvoir dans le nouveau régime. Les combattants pour la liberté furent désarmés, parfois en utilisant la force. Pendant ce temps-là, les manipulations politiques internes et externes du pays par la Russie tsariste et la Grande-Bretagne ont augmenté les souffrances du peuple et causé des troubles sociaux.

C'est durant cette période tumultueuse que Mirza Kuchak Khan fonde le Mouvement "Jangal" (qui signifie "forêt" en persan) et lance les soulèvements dans les forêts du nord de l’Iran, sur le côté sud de la mer Caspienne.

Mirza Kuchak Khan (au centre, debout) avec ses compagnons dans le Mouvement Jangal

Mirza Kuchak Khan (au centre, debout) avec ses compagnons dans le Mouvement Jangal

 

Voici des extraits de la plateforme politique du Mouvement Jangal qui en disent long sur les idéaux de Mirza Kuchak Khan :

- La souveraineté populaire et nationale ;

- Suffrages universels et libres avec droits égaux d’élire et d’être élu pour tous ;

- Le gouvernement doit rendre compte aux représentants du peuple ;

- L’égalité de tous dans les droits, sans discrimination de race et de religion ;

L’égalité des sexes dans les droits civiques et sociaux ;

- La séparation de la religion et de l’État et de la société civique ;

- L’interdiction de l’amas des marchandises pour le revendre plus chères ;

- La nationalisation des ressources naturelles, comme les fleuves, les rivières, les routes et les mines ;

- La répartition des terres agricoles en vue de garantir la vie de ceux qui y récoltent ;

- L’instauration du maximum de 8h de travail par jour ;

- L’interdiction du travail des enfants en dessous de 14 ans ;

- L’instauration d’un régime de pension pour tous ceux qui ont audessus de 60 ans et leur emploi dans l’éducation des jeunes ;

- Enrayer les causes du chômage ;

- L’instauration d’un régime de contrôle de la sécurité au travail ;

- L’instauration d’un régime de sécurité social ;

- La liberté d’opinion, d’expression, des rassemblements, de la presse et du travail ;

- L’obligation et la gratuité de l’enseignement primaire ;

- La gratuité des hôpitaux et des Maison des personnes âgées et invalides.

Cette plateforme permit à Jangal de gagner un fort soutien juste après le lancement du mouvement. Les forces Jangal ont battu les forces gouvernementales locales et russes, ce qui a augmenté leur prestige et leur réputation de sauveur potentiel des idées de la révolution constitutionnelle.

Le 12 juin 1918 eut lieu à Manjil une bataille entre les troupes Jangali et une force conjointe britannique et russe (appelée les forces blanches). Cette dernière (commandée par le général Lionel Dunsterville et le colonel Lazare Bicherakhov) bien qu'essayant officiellement juste d'organiser le retour de soldats russes sur leur territoire d'origine, était en réalité en train de planifier un passage par Manjil afin de rejoindre la mer Caspienne pour atteindre Bakou et combattre la commune de Bakou (menée par Stepan Chahoumian).

Les troupes de Mirza Kuchak Khan ont été battues lors de cette guerre inégale dans laquelle les forces blanches ont eu recours à cause de l'artillerie, aux véhicules blindés et aux avions de chasse. Le commandant sur le terrain de Mirza était un officier allemand (major Von Paschen) qui avait rejoint le mouvement après avoir été relâché par les Britanniques de leur prison à Racht.

En 1917, la révolution soviétique entraîne automatiquement le débâcle des troupes russes en Iran, ce qui contribue à l’accélération du mouvement Jangal. En mai 1920, la marine soviétique commandée par Fyodor F. Raskolnikov, accompagné de Grigory Ordjonikidzé sont entrés dans le port d'Anzali. Cette mission était censée être destinée à récupérer les vaisseaux et les munitions amenées à Anzali par les forces blanches du général contre-révolutionnaire Denikine qui avait obtenu l'asile de forces britanniques à Anzali.

 

La République socialiste du Guilan

Mirza Koutchak Khan a accepté de coopérer avec les révolutionnaires soviétiques sous certaines conditions, dont celle de l'annonce de la République socialiste du Guilan (aussi connue sous le nom de La république rouge de la jungle) sous sa direction et sans intervention directe des soviets dans les affaires internes de la république. Cependant, des désagréments sont vite apparus entre Mirza et ses conseillers d'une part et les soviets et le Parti communiste iranien (créé à partir du parti Edalah basé à Bakou).

 

Mirza Kuchak Khan (assis, 2e à gauche) et ses compagnons lors de leurs négociations avec les soviétiques

Mirza Kuchak Khan (assis, 2e à gauche) et ses compagnons lors de leurs négociations avec les soviétiques

 

Les efforts de Mirza pour résoudre les disputes sanglantes en envoyant une pétition par une délégation de deux de ses hommes à Lénine n'ont pas eu de résultat. En 1921, et particulièrement après l'accord entre l'Union soviétique et la Grande-Bretagne, les soviets ont décidé de ne plus soutenir la République socialiste du Guilan. Par la suite, les forces du gouvernement iranien menées par Reza Khan ont écrasé les forces dispersées de la république de la jungle.

 

La mort de Mirza

Mirza et son ami allemand Gauouk (Houchang), laissés seuls dans les monts Khalkhal, moururent de froid. Son corps fut décapité par un seigneur local et sa tête fut exposée à Racht afin d'établir l'hégémonie du nouveau gouvernement sur la révolution et les idées révolutionnaires. Cet évènement marqua la fin d'une époque pour l'histoire iranienne dans le cadre de sa lutte pour la liberté et la prospérité, mais le mouvement Jangal continuera d’inspirer les futures générations iraniennes dans leurs luttes pour la démocratie.

 

 

 

 

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