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7 janvier 1967

L’assassinat de Takhti, le plus grand champion iranien de tous les temps

Champion, t’es toujours parmi nous !

Gholamreza Tahkti, le plus grand champion iranien de tous les temps
Gholamreza Tahkti, le plus grand champion iranien de tous les temps

Le 8 janvier 1967, une dépêche bouleverse toute l’Iran : " Gholamreza Takhti, le champion du monde iranien de la lutte libre s’est suicidé de désespoir hier soir, dans un hôtel à Téhéran ", annonce Radio Téhéran dans sa première émission des nouvelles du matin.

Personne n’est dupe : Pourquoi donc le champion le plus populaire de tous les temps se suiciderait-il de désespoir, se demande-t-on partout ?!

La réplique (populaire) ne tardera pas à venir. Dans l’après-midi, les murs du quartier Khaniabad de Téhéran où habitait le champion avec sa famille sont remplis d’un slogan accusateur : " Ils ont tué Takhti ! ". Tout le monde comprendra que l’allégation vise la Savak (la police secrète) du Chah, celui-ci n’appréciant guère ni l’opposition de Takhti à son règne absolu ni la très grande popularité du champion, capable d’engendrer des mouvements de masse.

L’accusation fera tâche d’huile sur les murs de l’Université de Téhéran d’abord, puis un peu partout dans la capitale iranienne, pour devenir désormais une conviction absolue : c’est bien le régime impérial du Chah d’Iran qui a assassiné le plus grand champion iranien de tous les temps pour se débarrasser d’un opposant devenu trop populaire, donc trop encombrant.

Côté champion, Takhti est toujours resté inégalé en Iran : En quatre jeux olympiques (de 1952 à 1964) il a récolté une médaille d’or, deux médailles d’argent et une quatrième place. Il a aussi été trois fois champion du monde, sans compter les multiples médailles qu’il a ramenées des jeux asiatiques et des divers tournois internationaux. Un bilan donc parfait.

Ce ne sont pourtant pas ces médailles qui ont fait de Takhti un symbole pour la société iranienne. Le monde comme l’Iran s’est connu beaucoup de champions peut-être plus médaillés que Takhti, mais aucun n’est devenu le symbole national éternel que l’épreuve du temps n’a pu effacer.

Un esprit d’altruisme poussé, un amour illimité de l’autrui et un profond respect de l’autre feront de Takhti le " Takhti " dont le nom fait toujours rêver tout Iranien, des plus jeunes aux plus vieux, des plus pauvres aux plus riches, près de 50 ans après sa disparition.

Le monde comme l’Iran s’est connu beaucoup de champions peut-être plus médaillés que Takhti, mais aucun n’est devenu le symbole national éternel que l’épreuve du temps n’a pu effacer

Le monde comme l’Iran s’est connu beaucoup de champions peut-être plus médaillés que Takhti, mais aucun n’est devenu le symbole national éternel que l’épreuve du temps n’a pu effacer

Les récits de ce super caractère humain sont multiples. Des livres entiers s’y sont consacrés sans jamais pouvoir être complets.

Au début des années 60, l’équipe nationale iranienne de la lutte libre se rend à l’Union soviétique pour un grand tournoi international. Au cours de ce tournoi, Takhti se trouvera face à Anatholy Albol, un grand champion de l’URSS. Il se défait facilement de son rival, mais une fois le combat fini, Takhti se rend compte que la femme et les deux enfants d’Albol se trouvent au premier rang des spectateurs. Il est bouleversé à l’idée de les avoir vexés. Il se précipite donc pour faire des excuses à Mme Albol et il embrassera affectueusement les deux gamins sans pouvoir contrôler les larmes qui se découlent sur ses joues, avant de disparaître des lieux avec une grande timidité.

" J’étais gravement blessé à l’épaule droite à la demi-finale et je me retrouvais face à l’Iranien, Takhti, en finale ", se souvient aussi le Biélorusse Alexandre Madvid.

" J’étais d’autant plus inquiet que la technique préférée de Takhti était justement de pivoter sur l’épaule droite de l’adversaire. Mais tout au long du combat, l’Iranien ne m’a même pas effleuré l’épaule. Une fois le combat fini, il m’a embrassé sur la joue et m’a affectueusement demandé si je n’ai pas eu de mal à l’épaule ", explique Madvid.

Jima Kuridzeh, un autre géant de la lutte libre se souvient lui du dernier combat de sa carrière. " C’était la finale des Jeux Olympiques d’Helsinki en 1952. Je me retrouvais face à Takhti. L’Iranien était un maître absolu des techniques spécifiques. Je ne sais pas comment j’ai gagné, mais je sais que ma victoire relevait d’un miracle pure et simple, car Takhti ne méritait pas la défaite ", explique-t-il, avant de se souvenir qu’au bout du combat, Takhti lui a fait un grand sourire et lui a lancé : " Bravo mon ami ! ".

L’entraîneur de Takhti aux Jeux d’Helsinki, est lui persuadé que le champion iranien avait consciemment laissé gagner le russe, ne se permettant pas de vexer un grand champion au cours du dernier combat de sa carrière.

Le Chah d’Iran n’appréciant guère ni l’opposition de Takhti à son règne absolu ni la très grande popularité du champion, capable d’engendrer des mouvements de masse

Le Chah d’Iran n’appréciait guère ni l’opposition de Takhti à son règne absolu ni la très grande popularité du champion, capable d’engendrer des mouvements de masse

Ce grand caractère ne se limitait pas au monde du sport. Aux débuts des années 60 un séisme meurtrier frappe à bout portant la ville de Bouyin Zahra, dans le nord-ouest de Téhéran. Aussitôt la nouvelle annoncée, Takhti laisse tomber l’entraînement. Il prend un sac en plastique à la main et fait du porte à porte. " Svp, quelques sous pour les sinistrés de Bouyin Zahra ", répète-t-il à chaque porte, avec les larmes aux yeux.

La nouvelle coure alors une bonne partie de la capitale : " Le champion Takhti est en train de rassembler des sous pour les sinistrés! "

Ce sera donc un grand afflux vers le quartier où habite le champion. En mois de quelques heures, ce sera un amas de vêtements, de nourritures, de médicaments et d’argent qui se constituera pour soutenir la campagne de Takhti en faveur des sinistrés de Bouyin Zahra, avec des chauffeurs de camion prêts à les transporter aussitôt sur les lieux du cataclysme.

" C’est du trop ", avait alors jugé le monarque qui a traduit le geste comme un défi lancé contre son pouvoir, qui n’a lui rien fait pour les sinistrés. Sur son ordre, le convoi à la tête duquel se trouvait Takhti est saisi par la police et le champion est copieusement passé au tabac.

" Je me suis dit : Gholamreza ne t’en fait pas ! continue ton chemin. C’est ça qui fera ton avenir ", dira plus tard le champion se souvenant de ces jours-là.

L’avenir de Takhti s’est désormais inscrit dans l’Histoire de l’Iran. Le nom de Takhti est toujours resté le symbole du côté humain de l’Iranien. Takhti est mort ? Pas du tout ! Il est toujours parmi nous !

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