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Iran – Europe :

L’impasse de Téhéran dans le SPV

Le régime iranien et l'Union européenne ne parviennent pas à mettre en place des moyens de contourner les sanctions américaines
Le régime iranien et l'Union européenne ne parviennent pas à mettre en place des moyens de contourner les sanctions américaines

La semaine dernière, Bahram Qassemi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du régime iranien, s'est plaint à nouveau du fait que le "Special Purpose Vehicle" (SPV) ou "véhicule ad hoc", mécanisme souhaité par l'Union européenne pour protéger ses échanges commerciaux avec Téhéran en dépit des sanctions imposées par les Etats-Unis, n'était pas encore opérationnel. " Pour leur propre indépendance, les pays européens doivent prendre la décision nécessaire et s’ils doivent payer un prix pour devenir indépendants de l’économie américaine. Il ne fait aucun doute que sans coûts, ils ne pourront rien faire d’important. Si le mécanisme de financement n’est pas devenu opérationnel, c’est la faute de l’Europe", a affirmé le porte-parole, avant d’ajouter : " La patience de l'Iran n'est pas illimitée. "

Alors que la faction proche de Hassan Rouhani, le président de la République islamique, supplie l’Europe de faire en sorte que le SPV devienne opérationnel, la faction proche du Guide suprême Ali Khamenei, considère le SPV comme un moyen de détruire l'indépendance économique de l'Iran.

" Savez-vous ce que signifie le SPV, du moins selon les documents publiés par les Européens? Cela signifie que progressivement, tout l'argent sera dédouané de l'économie iranienne (…) Peu à peu, vous n'aurez plus d'argent. Votre argent sera dans des comptes bloqués et sera utilisé pour des transactions ; qui plus est, des transactions qui soient autorisées par l'autre partie. L'un des objectifs stratégiques des États-Unis pour cette nouvelle série de sanctions… est que nous ne pouvons pas accéder à notre propre argent ni utiliser nos ressources financières librement où nous le voulons ", dit Mehdi Mohammadi, un analyste proche des cercles du renseignement du régime et de la faction de Khamenei, dans un entretien avec la télévision iranienne, Irib.

Sur le fond, le différend qui persiste entre les deux factions du pouvoir en Iran n’est pas le SPV, mais bien le maintien ou non de l’accord nucléaire de 2015, le Plan d’action global commune (PAGC ou en anglais, JCPOA). La faction Rouhani affirme qu’elle devrait garder à tout prix cette coquille du JCPOA et le mécanisme européen, car quitter le JCPOA serait catastrophique. Mais la faction adverse considère le JCPOA lui-même comme catastrophique.

" Quitter le JCPOA ne servira jamais les intérêts de l'Iran, surtout maintenant que la situation régionale et internationale n'est pas très bonne. Cela aboutira à un consensus international contre l'Iran. À cet égard, il se peut qu'en plus de l'UE, des États-Unis et de certains pays arabes du golfe Persique, même la Chine et la Russie rejoignent les adversaires de l'Iran ", affirme un analyste de la faction de Rouhani affirme:

Pour sortir de l’impasse actuelle, l’analyste propose une solution intermédiaire qui ressemble plutôt à une charade. " Pour que le SPV européen soit opérationnel et pour sortir de cette situation, nous devons choisir une mesure à mi-parcours. Cela signifie ne pas quitter complètement le JCPOA et ne pas continuer l'inertie politique actuelle. Parce que la situation actuelle n'est pas du tout favorable à l'Iran. ".

Ses déclarations ne permettent pas de comprendre comment il entend mettre fin à l’inertie politique.

La menace cachée dans les propos du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères (" La patience de l'Iran n'est pas illimitée") est plutôt fictive. Mieux que quiconque, les religieux au pouvoir évaluent les conséquences dévastatrices d’un retrait de l’Iran du JCPOA.

Un coup d’œil sur le comportement du régime iranien lors des quatre dernières décennies, confirme qu’un tel geste est peu probable. L’amour des mollahs iraniens pour le pouvoir va bien au-delà de la raison et ils sont prêts à passer outre leur propre règle ou principe afin de prolonger le maintien de leur régime pourri. Cette règle générale est encore plus de vigueur en ce qui concerne les soi-disant modérés.

L'impasse réside dans le fait que le régime iranien n'a pas pu recevoir un soutien substantiel de la part de l'Europe, de la Chine et de la Russie, malgré son engagement envers le JCPOA, tout en essuyant les retombées désastreuses des sanctions américaines.

Peut-être que l'UE, la Russie et la Chine comprennent également l'impasse dans laquelle se trouve le régime iranien et que leur intérêt pour les pétrodollars iraniens ne peut rationnellement dépasser l'intérêt qu'ils ont pour les milliards de dollars d'échanges commerciaux qu'ils ont chaque année avec les États-Unis.

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