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Royaume-Uni – nouvelle décision :

Londres interdit totalement le Hezbollah

"Le Hezbollah poursuit ses tentatives de déstabilisation de la situation fragile au Moyen-Orient ", a annoncé le ministre britannique de l'Intérieur, Sajid Javid.
"Le Hezbollah poursuit ses tentatives de déstabilisation de la situation fragile au Moyen-Orient ", a annoncé le ministre britannique de l'Intérieur, Sajid Javid.

Les autorités britanniques ont dévoilé lundi leur intention de placer la totalité du Hezbollah libanais, et non plus uniquement sa branche militaire, sur leur liste des organisations accusées de terrorisme, a indiqué l’Agence de presse Reuters.

"Le Hezbollah poursuit ses tentatives de déstabilisation de la situation fragile au Moyen-Orient, et nous ne sommes plus en mesure d'établir une distinction entre sa branche militaire déjà proscrite et son parti politique", a annoncé le ministre britannique de l'Intérieur, Sajid Javid. "De ce fait, j'ai pris la décision de proscrire le groupe dans son intégralité", ajoute-t-il dans un communiqué.

Cette interdiction entrera en vigueur vendredi si elle reçoit l'aval du Parlement, ce qui ne devrait être qu'une formalité. L'appartenance au Hezbollah ou toute incitation à le soutenir sera considérée comme un crime passible de dix ans de prison.

Un mouvement aux ordres de Téhéran

Officiellement fondé en 1982, le Hezbollah a été dès le début une milice mandataire de la République islamique dans le Moyen Orient. Hassan Nasrallah, le dirigeant de ce mouvement a reconnu Ali Khamenei non seulement comme guide politique, mais comme guide spirituel, choix singulier puisque Khamenei n’est pas reconnu comme tel en Iran même.

L'Iran des ayatollahs soutient le Hezbollah en moyens financiers et en armes, il est son principal donateur et ses relations avec ce mouvement sont celle des ordres à exécuter. Le Hezbollah dispose depuis l'origine d’une représentation officielle à Téhéran et envoie des étudiants en Iran. Une école de l'association Al-Mahdî, dépendant du Hezbollah, a été créée à Qom (centre de l’Iran) pour les familles d'étudiants libanais en Iran; elle compte 80 % d'élèves libanais et 20 % d'autres nationalités.

Lors d’un entretien donné à l’occasion du premier anniversaire de la guerre du Liban de 2006, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a affirmé que son organisation avait combattu pour l’Iran, propos qui ont été censurés par la télévision iranienne en raison de l’embarras qu’ils ont suscité.

Après la guerre du Liban en 2006 entre l'armée israélienne et le Hezbollah, des unités d'élite iraniennes se sont positionnées au Liban du Sud "afin d'apporter leur assistance et aider à réorganiser les infrastructures dévastées par la guerre dans cette région". Le 3 février 2012, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, a reconnu publiquement que son pays "fournissait une assistance au Hezbollah et au Hamas palestinien."

Une mafia du narcotrafic et du trafic d’armes

Le Hezbollah est par ailleurs impliqué dans le trafic de drogue dans la Bekaa depuis sa formation au début des années 1980. À partir de la fin des années 1980, il s'appuie sur une partie de la diaspora libanaise en Amérique du Sud pour prendre contact avec les transporteurs de drogue en Colombie, Argentine, Brésil, Paraguay. Le Hezbollah bénéficierait d'une dérogation spéciale à la jurisprudence islamique via une fatwa lui autorisant le commerce de drogues car celles-ci arrivent sur le marché occidental et détruisent les ennemis du Hezbollah.

Dans la région frontalière entre le Brésil, l'Argentine et le Paraguay, le Hezbollah s'implique aussi dans la contrebande, la production de faux documents et de faux billets et le trafic d'armes. Le United States Southern Command estime en 2004 que les groupes terroristes islamistes lèvent entre trois cents millions et cinq cents millions de dollars par an en Amérique latine, principalement dans la zone de la triple frontière et dans les zones franches d'Iquique, Colón, Maicao, et l'île de Margarita. Suivant l'évolution globale du trafic de drogue, le Hezbollah est aussi présent en Afrique de l'Ouest (Guinée-Bissau, Bénin, Mauritanie, Congo, Togo) où il s'appuie sur des membres de la diaspora libanaise.

Un mouvement terroriste anti-occidentale

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Octobre 1983 – Les dépouilles de 58 parachutistes français tués lors d’un attentat à Beyrouth sont rapatriés avec les honneurs.

Les premières actions connues de ce mouvement contre les intérêts occidentaux remontent à janvier 1983 où une grenade fut lancée contre une patrouille militaire française. En mars de cette même année, ce sont deux patrouilles américaines qui furent attaquées.

En avril 1983, le Hezbollah organise l'attentat-suicide contre l'ambassade américaine de Beyrouth, faisant 63 morts. Le 23 octobre 1983, deux attentats-suicides simultanés contre la force multinationale d'interposition font 248 morts américains et 58 morts français. Les États-Unis et la France accusent le Hezbollah et l'Iran d'être derrière l'attentat. Le Hezbollah dans un premier temps nie toute implication puis reconnaîtra en être l'acteur et l'instigateur.

Suit un ensemble d'actions faisant connaître le mouvement, notamment des prises d'otages telles que celles, en 1985, du journaliste Jean-Paul Kauffmann et du chercheur français Michel Seurat — ce dernier étant décédé en captivité — et un détournement d'avion le 14 juin 1985 (un passager abattu). Selon la journaliste Dominique Lorentz, l'affaire des otages du Liban aurait été intimement liée au règlement du contentieux nucléaire franco-iranien autour du consortium Eurodif.

L'affaire de l'enlèvement de quatre diplomates soviétiques en 1985 fut réglée par la force ALFA, une unité du KGB, en exécutant des proches des preneurs d'otages après l'assassinat d'un des diplomates. Les autres otages furent libérés rapidement.

Le 17 février 1988, le colonel américain William R. Higgins, officier de l'ONUST (Organisme des Nations unies pour la surveillance de la trêve au Proche-Orient), est enlevé au Liban par le Hezbollah. Le 28 juillet 1989, un commando israélien enlève au Sud-Liban le cheikh Abdel Karim Obeid, chef spirituel et militaire du Hezbollah. Il connaît les tenants et les aboutissants des opérations de prises d'otages occidentaux depuis 1984, dont une quinzaine sont encore entre les mains de l'organisation. Le 31 juillet 1989, le Hezbollah diffuse un film-vidéo de la pendaison du colonel Higgins, mais d'après des sources américaines le colonel aurait été torturé puis exécuté dès le mois de décembre 1988.

Attentats hors du Liban

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17 septembre 1986, attentat de la rue de Rennes, devant le magasin Tati (15 personnes et 300 blessés).

Le Hezbollah perpètre une série d'attentats en France du 23 février 1985 au 17 septembre 1986 dont celui de la rue de Rennes, devant le magasin Tati provoquant au total la mort de quinze personnes et trois cents blessés. L'attentat de la rue de Rennes est le dernier et le plus meurtrier (7 morts et 55 blessés) d'une série commencée le 4 septembre (12 morts en tout). Ils sont revendiqués par le CSPPA (Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient), une couverture dissimulant le Hezbollah qui réclame la libération du chef libanais Georges Ibrahim Abdallah, un laïc d'origine chrétienne. Le chef du commando terroriste responsable des attaques, Fouad Ali Saleh, un Tunisien formé en Iran, est arrêté en mars 1987.

À partir de 1992, le Hezbollah est de nouveau accusé d'attentats hors du Liban, en particulier l'attentat contre le centre culturel juif de Buenos Aires en 1994, et considéré comme mouvement terroriste par une grande partie de la communauté internationale.

Assassinat de Rafiq Hariri

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Le 14 février 2005, Rafiq Hariri, Premier ministre du Liban, est assassiné dans un attentat à l'explosif contre son cortège.

Le 14 février 2005, Rafiq Hariri, Premier ministre du Liban, est assassiné dans un attentat à l'explosif contre son cortège, le tuant ainsi qu'une vingtaine de personnes et blessant une centaine de personnes sur la route du bord de mer de Beyrouth.

L’opération a longtemps été attribué aux services syriens. Le 1er mars 2009, le Tribunal spécial des Nations unies pour le Liban (TSL) est chargé d’enquêter sur l'assassinat d'Hariri. Après l'impasse de la piste syrienne, les soupçons se portent de plus en plus sur le Hezbollah.

Le 12 janvier 2011, le gouvernement de Saad Hariri tombe à la suite de la démission des onze ministres de l’opposition de l'Alliance du 8 Mars (dont le Hezbollah fait partie) du fait du refus de Saad Hariri de désavouer le TSL qui menacerait d'accuser des membres du Hezbollah. Le 15 janvier 2011, des rumeurs publiées par divers médias font état que le TSL mettrait en cause l'Iran et son Guide suprême, Ali Khamenei.

Le 1er juillet 2011, le ministre de l'Intérieur libanais Marwan Charbel donne les noms de quatre suspects du Hezbollah cités dans les mandats d'arrêt émis le 30 juin par le TSL, à savoir Moustafa Badreddine, Salim Ayyash, Assad Sabra et Hussein Anaissi.

Le 16 janvier 2014 débute le procès de quatre membres du Hezbollah accusés de l'assassinat en 2005 de Rafic Hariri. Selon l'accusation, Mustafa Badreddine, 52 ans, et Salim Ayyash, 50 ans, ont préparé et exécuté l'attentat. Hussein Oneissi, 39 ans, et Assad Sabra, 37 ans, sont accusés d'avoir envoyé à la chaîne d'information Al Jazeera "une fausse cassette vidéo pour revendiquer le crime au nom d'un groupe fictif." L'accusation compte appeler huit témoins et prouver la culpabilité des accusés par "les relevés des communications entre plusieurs téléphones portables" qui appartiendraient aux accusés. Un cinquième suspect, Habib Merhi, avait été mis en accusation le 10 octobre 2013127. Mustafa Badreddine, chef présumé du groupe, est soupçonné d'avoir organisé les attentats contre les ambassades de France et des États-Unis au Koweït en 1983.

Le 2 janvier 2015, l'ONU annonce la prolongation du mandat du Tribunal spécial pour le Liban. Les audiences se poursuivent en janvier 2015, en l'absence des accusés jugés par contumace.

Le 11 septembre 2018, la phase finale du procès s'ouvre avec le réquisitoire du procureur du TSL contre les quatre organisateurs présumés de l'attentat, Salim Ayyash, Hussein Oneissi, Assad Sabra et Hassan Habib Merhi, ainsi que Ahmad Abou Adass, auteur de la fausse revendication. Mustafa Badreddine, le "cerveau" présumé de l'attentat, est décédé. Les conclusions écrites du procureur doivent préciser les rôles respectifs des exécutants, au nombre de six, et du "groupe élargi" qui aurait contribué à préparer l'attentat ou à brouiller les pistes, notamment de Wafic Safa, responsable des communications du Hezbollah, et Rustom Ghazalé, ancien chef des services de renseignement syriens au Liban, mort en 2015.

Assassinat de Mohammad Chatah

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Le 27 décembre 2013, Mohammad Chatah, l’un des plus proches collaborateurs de Saad Hariri, est assassiné dans un attentat à la voiture piégée dans le centre de Beyrouth.

Le 27 décembre 2013, Mohammad Chatah, conseiller et l’un des plus proches collaborateurs de Saad Hariri, considéré comme l’un des dirigeants les plus influents de l'Alliance du 14 Mars hostile au Hezbollah et au régime syrien, est assassiné ainsi que six autres personnes dans un attentat à la voiture piégée dans le centre de Beyrouth. Le Hezbollah et Bachar al-Assad sont tous deux mis en cause par plusieurs responsables politiques libanais qui demandent que soit formé un gouvernement excluant le Hezbollah. Farès Souaid, secrétaire général de l'Alliance du 14-Mars demande que les portefeuilles sécuritaires soient "entre les mains du 14 mars" expliquant que les membres de ce parti ne veulent plus "être des cibles de la machine à tuer du Hezbollah".

Activités du Hezbollah dans les monarchies du Golfe et au Yémen

Le Hezbollah a été plusieurs fois accusé d'activités subversives dans les monarchies du Golfe où vivent d'importantes communautés chiites.

Le 16 février 2013, Samira Rajab, ministre bahreïnie de l'Information, a qualifié le Hezbollah libanais de "milice terroriste". Elle a affirmé au quotidien saoudien Al-Watan que "le Hezbollah est présent à Manama". Selon elle, un membre important de l'opposition chiite à Bahreïn a rencontré récemment Hassan Nasrallah au Liban. Elle a estimé que cela prouvait que "le Hezbollah interfère dans les affaires intérieures de Bahreïn". Selon L'Orient-Le Jour, le Hezbollah a "affiché son soutien à la révolte populaire de l'opposition chiite au royaume depuis 2011" ce qui a "affecté les relations bilatérales entre le Liban et Bahreïn", en particulier à la suite des attaques de Nasrallah à l'encontre du royaume sunnite.

En juin 2013, le Conseil de coopération du Golfe vote des sanctions contre le Hezbollah, concernant les permis de séjour et les opérations financières de ses membres, pour son rôle dans la guerre civile syrienne, déclarant que "la nature du parti et ses véritables objectifs qui dépassent le cadre du Liban et de la nation arabe" ; le 10 juin, le Qatar a expulsé de son territoire 18 Libanais, sans toutefois confirmer qu'il s'agisse de membres du Hezbollah.

Le 25 juin 2018, lors de la guerre civile yéménite, la coalition annonce la mort de huit membres du Hezbollah à Sa'dah.

Intervention du Hezbollah dans la guerre civile syrienne

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Les dépouilles de combattants du Hezbollah tombés en Syrie, ramenées au Liban dans les cercueils.

Le Hezbollah, est accusé de prendre part au conflit syrien de 2011-2012 afin de soutenir le régime alaouite de Bachar el-Assad. La milice chiite libanaise aurait envoyé près de 7 000 combattants dans le but de "mater les rebelles sunnites". Le 27 juillet 2012, le quotidien libanais An Nahar rapporte que le Hezbollah aurait envoyé en Syrie son "unité 910", considérée comme une unité de combat, indiquant que des membres de cette unité combattraient avec l'armée syrienne à Homs, Al-Qusayr et Rastane et appuieraient aussi l'armée syrienne dans les combats à Alep en lui apportant un soutien opérationnel.

Le quotidien koweïtien Al Seyasseh indique, selon un officier de l’armée syrienne ayant fait défection, qu'avant cette bataille, plus de 147 combattants du Hezbollah et 85 membres de la milice iranienne du Bassij auraient été tués en Syrie.

Haim Waxman, ambassadeur adjoint d'Israël auprès des Nations unies considère que "le Hezbollah et l'Iran font partie de la machine à tuer d'Assad et qu'ils franchiront toutes les lignes pour maintenir le régime Assad au pouvoir".

Le 20 février 2013, le général Selim Idriss, chef d'état-major de l'Armée syrienne libre (ASL), a accusé le parti chiite libanais de bombarder des villages syriens dans les environs de Qousseir.

Le 30 avril 2013, lors d’une intervention sur la chaîne de télévision du Hezbollah Al-Manar, le chef du Hezbollah reconnaît officiellement la participation de combattants du Hezbollah aux combats en Syrie. Hassan Nassrallah a déclaré que "les vrais amis de la Syrie empêcheront sa chute entre les mains des Américains, des Israéliens et des takfiris".

Le 19 mai 2013, environ 1 700 combattants du Hezbollah s'engagent aux côtés des forces de Bachar el-Assad à l'assaut de la ville syrienne de Qousseir, localité à majorité sunnite, aux mains des "rebelles" opposés au régime syrien. Au moins 79 miliciens du Hezbollah auraient été tués durant la première semaine des combats et 141 depuis le début de son intervention dans les régions de Damas et de Homs, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Selon les avis d'experts cités par l'AFP la participation du Hezbollah à la guerre en Syrie "découle d'une décision iranienne de soutenir jusqu'au bout le régime syrien", les Iraniens ayant demandé au Hezbollah de "s'engager une fois pour toutes et de façon publique car cette guerre doit décider de l'avenir de l'alliance entre l'Iran et la Syrie et peut-être de toute la région" et du fait que "la perte du pouvoir par le clan Assad aurait des répercussions mortelles pour le Hezbollah, non seulement pour son approvisionnement en armes, le passage d'hommes et d'argent, mais aussi sur le plan politique car il ne bénéficierait plus du soutien total syrien".

Le 22 mai 2013 le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius a annoncé que la France proposera que la branche militaire du Hezbollah soit inscrite "sur la liste des groupes terroristes de l'Union européenne en raison de son soutien au régime de Damas".

Le 29 mai 2013, Laurent Fabius a estimé que le Hezbollah avait déployé 3 000 à 4 000 combattants en Syrie. Le Département d'État des États-Unis a exigé que "le Hezbollah retire immédiatement ses combattants de Syrie" dénonçant "une escalade inacceptable".

Le 19 juin 2013, Al-Arabiya rapporte que les opposants au régime de Bachar al-Assad accusent le Hezbollah d'avoir fait usage d'armes chimiques à Damas, spécifiquement du gaz sarin, conjointement avec l’armée syrienne.

Le 10 juillet 2013 le Conseil de sécurité des Nations unies a appelé le Hezbollah à ne plus s'impliquer directement dans le conflit syrien.

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