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Iran – Le "bourreau de 1988" à la tête de la justice:

Raïssi sort ses griffes : vraiment efficace ?

Dans son premier discours en tant que chef du judiciaire, Ebrahim Raïssi a souligné que la sécurité primait sur la justice. Va-t-on assister à une recrudescence de la répression ?
Dans son premier discours en tant que chef du judiciaire, Ebrahim Raïssi a souligné que la sécurité primait sur la justice. Va-t-on assister à une recrudescence de la répression ?

À peine arrivé à la tête de la "justice" de la République islamique, Ebrahim Raïssi a sorti ses griffes en soulignant dans sa première élocution à l’occasion, que la sécurité primait à la justice.

D’une certaine manière, il n’y a rien de nouveau dans cette affirmation. Pendant les 40 ans qui ont suivi l’avènement de la République islamique, les dirigeants du régime n’ont jamais hésité à bafouer leurs propres lois pour maintenir leur pouvoir. Peu avant sa disparition, l’Ayatollah Rouhollah Khomeiny avait d’ailleurs souligné que le maintien du pouvoir est "la priorité des priorités" qui primait même "à la foi, à la prière et au jeûne du Ramadan".

Le massacre systématique des prisonniers politiques en 1988, dont le même Raïssi a été l’un des architectes, a été la démonstration du sérieux de la dictature religieuse sur cette stratégie.

La répression, la 1ère promesse de Raïssi

N’empêche que l’annonce de cette priorité de la sécurité sur la justice, sortant de la bouche d’un chef du judiciaire dans un discours à une cérémonie sensée inaugurer son mandat, est tout de même singulière. Ne fut-ce que dans les formes, un chef du judiciaire doit s’abstenir de se laisser emporter de la sorte. On ne dirait pas la même chose bien sûr, si c’était le chef des services secrets de la République islamique qui avait pris la parole.

En soulignant la priorité de la sécurité sur la justice, Raïssi a laissé entendre qu’il n’hésitera pas à réprimer les protestations. C’était là le message qui a été envoyé vers la population. Mais Raïssi est même allé plus loin, promettant de réprimer l’intérieur du sérail, en s’adressant implicitement au clan de Hassan Rouhani.

Le soutien des "réformistes"

Ceci n’a pas empêché les "réformistes" de soutenir Raïssi dans son nouveau poste, ce qui pourrait paraître un peu paradoxal, mais qui ne l’est pas du tout, pour la bonne raison que quelque soient les différends sur la répartition des pouvoirs, les deux clans sont en parfaite harmonie en ce qui concerne les piliers de la République islamique : la répression à l’intérieur des frontières, le prosélytisme intégriste à l’extérieur.

C’est ce qui explique que du côté de Hassan Rouhani, on s’est réjoui de l’arrivée d’un Raïssi qui, pensent-ils, va mater les aspirations d’une société en plein bouillonnement par sa seule image de marque du "bourreau de 1988".

Va-t-on assister à une recrudescence de la répression ?

Le régime clérical souhaite une recrudescence de la répression, ce qui a toujours été son choix primordial dans tous les tournants cruciaux qu’a connu la République islamique. Or, vouloir n’est pas toujours équivalent de pouvoir. Faut-il encore que sur le terrain, dans la rue, la répression ait le côté dissuasif escompté, sans risquer de devenir un détonateur de l’explosion.

Dans les circonstances actuelles, même la police des mœurs a de plus en plus de mal à s’imposer dans la rue. "Il faut modifier, voire éliminer la police des mœurs", a préconisé Ahmad Mazani, un religieux qui est le président de la commission culturelle du Parlement du régime, dans une référence au nombre de plus en plus élevé des agents de cette police qui interpellent les gens pour leur comportement vestimentaire ou autre, qui se font assaillir dans la rue.

"Nous ne sommes plus en mesure d’assurer la sécurité de cette police des mœurs", reconnaît Mazani lors du séminaire annuel des agents de cette police à Téhéran, le 20 février dernier.

Dans de nombreuses révoltes qui ont dessiné le paysage politique de l’Iran en 2018, on a bien vu que cette poussée de résistance contre les agents de la répression ne se limite pas à la police des mœurs. Une flambée de la répression qui ne tiendrait pas compte de cette nouvelle donne, conduirait inévitablement à l’explosion.

En quelque sorte, le régime marche sur les œufs en matière de la répression. Une goutte de plus pourrait faire déborder la vase, surtout que la résistance ne se limite pas à la réaction spontanée des gens de la rue. Les unités de résistance multiplient leurs frappes contre les centres de la répression du régime (124 frappes dans le mois de février est un chiffre qui force la réflexion).

Pourquoi Raïssi ?

C’est ce qui explique pourquoi le Guide suprême a choisi le "bourreau de 1988" à la tête de sa justice, alors que si on s’en tient à la raison, la République islamique n’avait vraiment pas besoin de se ramasser dans la figure, les réactions nombreuses qui ont suivi la nomination d’un équivalent de Himmler à ce poste.

Le régime a besoin d’une recrudescence de la répression, mais l’équilibre des forces ne la lui permet pas. Khamenei tente donc de manœuvrer en amenant au-dessus de sa justice un réputé monstre qui sort ses griffes dès son premier discours, dans l’espoir que cela aura un rôle dissuasif !

Quand on sort les griffes sans pouvoir s’en servir, l’adversaire ne se contentera pas de vous contempler passivement…

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