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1er décembre 1937

Un religieux réformiste tué par Reza Chah

" Vaux mieux enduire d’ordures la porte du Parlement dans lequel on devient député par ton ordonnance ! "

Contrairement à la grande majorité des religieux, Hassan Modarres s'est fermement prononcé contre Reza Khan lors du renversement de la dynastie Qajar en 1925
Contrairement à la grande majorité des religieux, Hassan Modarres s'est fermement prononcé contre Reza Khan lors du renversement de la dynastie Qajar en 1925

 

Le 1er décembre 1937, Hassan Modarres, un religieux réformiste opposant de Reza Khan, le premier Roi de la dynastie Pahlavi, est tué en exil par un commando dépêché par Reza Chah, le premier monarque de la dynastie Pahlavi.

Né en 1870, Modarres étudie la théologie islamique avant de devenir enseignant à Ispahan. C'est à cette occasion qu'il prit le nom Modarres, qui signifie " enseignant ", dans la langue persane.

En 1910, lors d’une conspiration du clergé chiite contre le mouvement constitutionnel de l’époque, une loi est ratifiée pour mettre en place un conseil de cinq religieux qui doit superviser les lois votées par le parlement iranien et vérifier qu'elles ne vont pas à l'encontre des règles de la charia. Modarres qui fut choisi dans ce conseil à cause de son poids politique et de ses savoirs en matière islamique, joue alors un rôle décisif pour empêcher la mainmise du clergé sur la politique du pays.  

 

Modarres est lui-même élu au parlement en 1914 en tant que représentant de Téhéran.

Pendant la première guerre mondiale, quand la Russie et le Royaume Uni envahissent l’Iran, Modarres et un petit groupe d'hommes politiques formeront un cabinet en exil dirigé par Nezam ol-Saltaneh, où le religieux occupe le poste de ministre de la justice. Après son retour en Iran, il sera à nouveau réélu au parlement à plusieurs reprises.

Hassan Modarres s'est également opposé à la présence des forces britanniques en Iran, notamment aux accords de 1919 qui avaient pour but de transformer l'Iran en protectorat britannique. Ces accords ne furent finalement pas ratifiés par le parlement.

Contrairement à la grande majorité des religieux, il s'est fermement prononcé contre Reza Khan lors du renversement de la dynastie Qajar en 1925. Il a en effet été l'une des cinq personnes, avec Mohammad Mossadegh, à voter contre au parlement.

 

Hassan Modarres à l’hôpital, peu après un attentat perpétré contre sa vie par les proches de Reza Khan

Hassan Modarres à l’hôpital, peu après un attentat perpétré contre sa vie par les proches de Reza Khan

 

Cette opposition lui vaudra les foudres du nouveau roi. En 1926 il échappe de peu à une tentative d’assassinat fomentée par les proches de Reza Khan. La même année, il soutient une révolte contre le nouveau despote à Qom.

Le 25 septembre 1928, alors qu’il est toujours député au Parlement, il est arrêté par la police de Reza Khan, avant d’être exilé dans le nord-est de l’Iran, d’abord à Damghan, puis à Mashhad et finalement à Khaf, où il sera en domicile surveillé pendant 9 ans.

Pendant cette période d’exil, Reza Khan, autoproclamé Reza Chah, tentera d’acheter le religieux en lui proposant de redevenir député moyennant son aval à son règne. " J’ordonnerai que vous soyez élu dans l’une des villes d’Iran", écrit le monarque au religieux.

La réplique de Modarres est cinglante : " Dîtes au Général, s’il dit vrai, de laisser le peuple libre, et on verra dans combien de villes je serai élu ! Vaux mieux enduire d’ordures la porte du Parlement dans lequel on devient député par ton ordonnance ! ".

Cette réponse coûtera chère à Modarres qui est passé au tabac par la police du Chah avant d’être de nouveau exilé, dans la ville de Kashmar cette fois-ci.

Finalement, Hassan Modarres est tué le 1er décembre 1937 par un commando de trois personnes dépêchés à Kashmar par le monarque. Plus tard, son fils révélera que le religieux savait qu’il sera tué par le pouvoir en place. Il avait même prévu que Reza Chah sera destitué par les mêmes britanniques qui l’avaient emmené au pouvoir, avant d’être exilé à l’étranger. " Dîtes à Reza Khan, si le jour venu il avait encore assez de pouvoir pour décider, de venir en exil ici. C’est toujours mieux que l’exil et la prison à l’étranger ", avait dit Modarres, cité toujours par son fils.

 

 

 

 

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