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Iran – les limites de la répression :

Une explosion imminente et incontrôlable

La République islamique a toujours réprimé durement toutes les protestations. Aujourd’hui le chef de la police reconnaît que cette répression a ses limites.
La République islamique a toujours réprimé durement toutes les protestations. Aujourd’hui le chef de la police reconnaît que cette répression a ses limites.

La répression et les violations systématiques des droits de l’Homme ont été la principale réplique de la République islamique face aux revendications d’ordre politique, social et économique de la population.

En plus d’un siècle, les Iraniens ont connu quatre grands mouvements en quête de démocratie : la Révolution constitutionnel de 1906, le mouvement nationaliste de Mohammad Mossadegh au début des années 1950, la Révolution antimonarchiste de 1979 et la résistance contre la République islamique depuis les années 1980 jusqu’à nos jours. À cause d’une idéologie sortant du fin fond du Moyen-Âge, le régime du clergé n’a aucun point commun avec cette orientation progressiste. Ce régime représente les aspirations qui appartiennent à la période précapitaliste, ce qui le rend incapable de résoudre les problématiques sociales, économiques et politiques de la société iranienne. Cette caractéristique distingue la République islamique de toute autre dictature classique qu’a connu ou connaît le monde contemporain. C’est ce qui explique que la répression en Iran prend des dimensions toutes autres que partout ailleurs dans le monde.

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), la milice Bassij qui s’occupe de la répression urbaine dans tous les domaines de l’activité de la société, une justice aux mains des religieux qui ne se conforme à aucun des règles du droit, un appareil pénitentiaire qui applique des tortures et des tueries hors de l’imaginable, des services secrets qui sont devenus une machine à tuer, et une multitude de patrouilles des mœurs, en plus de la police, sont chargés à veiller au bon fonctionnement de cette répression qui est la seule raison du maintien du pouvoir en place.

 

L’abus de la religion : un complément de la répression

Le régime du Guide suprême a instrumentalisé la religion comme un justificatif de la répression. Une défiguration des préceptes de l’Islam a servi à ce régime d’alibi pour justifier tous les horreurs. C’est ainsi qu’il donne le nom de "réadaptation" à la torture, d’"appel à la pudeur" à une répression sans merci des femmes dans tous leurs comportements sociaux. Dans sa guerre contre l’Irak dans les années 80, ce régime offrait des clés du paradis aux écoliers et lycéens qu’il recrutait pour essuyer les champs de mine afin de faciliter le passage de ses troupes. La Constitution nie ouvertement la souveraineté nationale et offre les pouvoirs absolus au Guide suprême. Ce sont là les traits d’un régime qui n’a rien d’une République et qui ne s’apparente en rien à l’Islam, mais qui se fait appeler République islamique.

 

Les limites de la répression

Ce cycle de répression et de représailles a commencé à connaître ses limites avec le développement des soulèvements populaires, surtout après le début de l’année 2018.

Le 20 février 2019, lors d’une réunion d’un organe de répression appelé "Direction d’appel à la pudeur et du rejet du mal" les autorités ont reconnu les limites de cet appareil de répression.

"À divers niveaux les valeurs n’ont pas été bien défendues et institutionnalisée, c’est pourquoi nous sommes dépourvus des arguments pour défendre l’appel à la pudeur et du rejet du mal", reconnaît notamment Ahmad Mazani, un religieux membre de cette direction.

"Nous sommes dans une véritable crise en ce qui concerne les valeurs culturelles dans la société", se plaint lors de la même réunion, Kazem Sedighi, un religieux qui représente régulièrement le Guide suprême à la prière des vendredis de Téhéran.

Toujours lors de la même réunion, le général Hossein Achtari qui est le commandant en chef de la police iranienne, reconnaît que les patrouilles des mœurs sont même remises en question par des proches du régime. Achtari s’était plaint dans une autre élocution de l’isolement de ces patrouilles des mœurs dans leurs interventions dans la rue, avant de conclure que la répression n’a plus les effets escomptés.

 

Une poussée de la résistance dans la population

Lors de sa dernière campagne pour les présidentielles, Hassan Rouhani avait également reconnu que le temps des patrouilles qui interpellent à tour de bras les gens dans la rue était révolu. Mais c’était la première fois que cet aveu sortait de la bouche des autorités chargées directement de cette répression dans la rue. Cela révèle avant tout une poussée de la résistance face à ces excès, de la part de la population.  "Nous sommes dans une véritable crise en ce qui concerne les valeurs culturelles dans la société", signifie que la population ne supporte plus ces méthodes et qu’elle a commencé à tenir tête aux patrouilles dans la rue. C’est aussi un indice de l’échec de l’idéologie prônée par la République islamique qui est loin de convaincre le commun des Iraniens.

 

La répression pourra-t-elle disparaître ?

Il est clair que la répression ne va pas disparaître dans la République islamique, pour la bonne raison qu’elle est le seul moyen de maintenir le pouvoir dans une société au bord de l’explosion. Le paradoxe de cette logique réside dans le fait que bien que le régime ait un immense besoin dans la répression, ses auteurs directs, comme le chef de la police, reconnaissent ses limites et la montée de la résistance populaire.

Les circonstances se sont en fait radicalement modifiées par rapport à 5 ou 6 ans auparavant, quand la télévision d’État ne cessait de faire la pub pour ces patrouilles des mœurs, n’hésitant pas à diffuser chaque jour des vidéos exhibant l’agressivité de ces forces. Il n’en est rien aujourd’hui. Au contraire, ce sont les médias sociaux qui diffusent régulièrement des scènes où les jeunes osent affronter la police des mœurs dans la rue et même libérer les personnes qui viennent d’être interpellées par ces patrouilles.

 

L’équilibre des forces a changé

Ce statu quo témoigne d’un changement de l’équilibre des forces entre l’appareil de répression et la population. Récemment, un haut commandant des patrouilles des mœurs qui commentait le passage au tabac des membres de cette police par la population, a affirmé : "C’était leur propre faute. On leur avait bien averti de ne pas intervenir là où la foule était trop nombreuse !".

Logiquement ce paradoxe entre un besoin de la répression pour le régime, et des limites qui s’affichent de plus en plus, s’interprète par le fait qu’une explosion de la société est non seulement imminente, mais encore incontrôlable. Ajoutons à cela les protestations quotidiennes qui ne s’interrompent pas depuis le début de 2018 à travers tout le pays, pour en déduire que le ras-le-bol qui se manifeste aujourd’hui dans la rue changera inévitablement de phase dans les évolutions futures pour passer à un soulèvement général du pays pour le renversement de la République islamique.

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